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30 avril 2017 7 30 /04 /avril /2017 17:40

 

LA GRANDE ILLUSION

Mes chers compatriotes, mes amis, mes frères.

Je m’appelle Luc B, j’ai 57 ans, je suis français, marié et père de cinq beaux enfants.
Je n’appartiens à aucune communauté, aucun parti, aucun syndicat.
Je ne bois pas, je ne fume pas et je ne me suis jamais drogué.
Par contre je travaille, et ce, depuis l’âge de 17 ans.
Je travaille pour ma société, pour ma famille et pour mon pays. 
Je suis, somme toute, un citoyen comme les autres. 
J’ai le sentiment de faire partie du peuple de France et je suis fier de l’être.
Je prends la parole aujourd’hui parce que je me dois de dénoncer la belle arnaque dans laquelle nous nous apprêtons à tomber.

L’Arnaqué

Les arnaqués c’est nous. 
Foule sentimentale, en mal d’idéal, baladée par les discours, épuisée d’avoir cru, écœurée par les promesses non tenues.
Affaiblis, désabusés, nous sommes une proie facile, comme un animal blessé, abandonné au milieu de la forêt.
Aveuglés par nos larmes, nous sommes la cible parfaite des vendeurs de fleurs à l’entrée des églises et des vendeurs de mouchoirs à la sortie des cimetières.
Notre mal-être nous expose, nous rend vulnérable. Nous sommes prêts à entendre n’importe quoi du moment que ça soulage. C’est le moment idéal pour nous abuser et c’est le créneau choisi par les escrocs pour entrer en piste.

L’arnaqueur

Ils sont deux et travaillent en tenaille : la famille LE PEN et le Front National.

Rappelons brièvement ce qu’est la famille LE PEN.
Le père tout d’abord, pour qui la shoah est un détail, le racisme une douce mélodie et l’étranger un nuisible. Il se réclame de race blanche et supérieure, mais plus il parle, plus je rêve d’être noir. 
Il y a une quarantaine d’années, il a monté une petite boutique où tous les articles sur le fascisme, le racisme ou la xénophobie sont en vente libre. 
Il a aussi une maison de disques qui, il n’y a pas si longtemps, éditait encore les droits musicaux de chants nazis. 
La boutique est aussi connue pour ses excès verbaux et physiques et ses dérapages fréquents. Mais les français ont parfois la mémoire courte. Qui se souvient des ratonnades des années 80 ? Qui se souvient de ce jeune arabe jeté dans la seine et qui a succombé à ses blessures ? N’oubliez jamais sinon, un jour, c’est vous qu’on oubliera.

Fatigué par tant d’activités, le père a passé les clés de la boutique à sa fille « Marine », qui aujourd’hui se réclame « la candidate du peuple » « La candidate antisystème »
La bonne blague ! Marine est une héritière, élevée à Saint-Cloud, dans l’aisance et le luxe. 
Elle n’a jamais vraiment travaillé de sa vie, ni en entreprise, ni en usine et encore moins à la ferme. Elle n’a jamais participé à l’essor de la France et n’a jamais créé d’emplois (à part des fictifs apparemment).
Elle est en réalité la parfaite représentante du système qu’elle dénonce. 
Elle vit des allocations de Bruxelles, et se sert de toutes les lois du système pour lui permettre d’améliorer son quotidien. 
Comment peut-on se réclamer « candidate du peuple » quand on n’a jamais travaillé avec lui ni pour lui ? Et comment peut-on se déclarer « antisystème » quand on l’utilise à fond depuis des décennies ?

Le FN maintenant : une Jolie P.M.E qui regroupe, dans ses instances, l’élite du fascisme à la française. 
J’ai lu les 144 points de leur programme pour la présidentielle. Trois ou quatre points sont intéressants, une cinquantaine sont inapplicables, le reste n’est que du racolage électoral. On vous dit tout ce que vous voulez entendre, du moment que vous votez pour eux.
Le Front National nous propose de fermer les frontières et chasser les étrangers, c’est-à-dire vivre petitement, entre nous. De se reproduire en famille en quelque sorte. 
À quelle période de l’histoire et dans quel pays, le repli sur soi-même a-t-il marché ? Jamais. La fermeture entraîne l’isolement. L’isolement amène le totalitarisme. Le totalitarisme mène au fascisme. Le fascisme à la guerre.
Cinq mille ans d’histoire sont là pour le prouver et ce n’est pas la petite héritière de Saint-Cloud qui va changer l’histoire.

L’arnaque

Comme nous avons affaire à des professionnels, l’arnaque est double.
Régulièrement il y a en France, des élections. Comme les frais de campagne sont remboursés par « le système », il y a du fric à se faire. Le FN présente alors une multitude de candidats inexpérimentés, qui n’ont évidemment aucune chance de gagner, mais qu’importe, la marque FN est suffisamment forte pour passer la barre des 5% et se faire rembourser par « le système ».
On charge alors les frais de campagne et on se fait grassement rembourser. C’est comme ça que le Front National empoche plusieurs millions d’euros à chaque élection.
(voir reportage sur France 2, très bien fait sur ce sujet).
En complément des recettes, le Front National fait payer ses cadres par Bruxelles (le système), histoire de gagner davantage.
Mais pour que ça marche, il faut passer la barre des 5%. Il faut donc que la marque soit forte.
Alors on travaille l’image de la marque, comme n’importe quelle société du système qu’elle dénonce. On fait de la pub et de la com. On refait la vitrine de la boutique pour mieux attirer le client.
On balance des images au ralenti du capitaine Le Pen, cheveux au vent à la barre de son voilier. On gomme le nom « FN » qu’on remplace par « Bleu Marine ». On choisit une fleur en guise de logo. On coupe les cheveux, blanchit les dents et on lui met un nouveau petit tailleur. Puis, chaque jour, on balance des petites phrases choc, bien étudiées ,que les cadres du partie répètent en boucle sur toutes les ondes, pour être sur que le client a bien entendu.
Vous la sentez monter l’arnaque ? La super promotion – À prix cassé - Sortie d’usine ? La grosse opération de dédiabolisation pour paraître acceptable ? mais, par définition, le diable est le diable et quand il prétend changer c’est pour mieux nous abuser.
Ensuite, on chasse le père, trop segmentant, même si on lui prend quand même au passage ses six millions d’euros pour faire la campagne. Attendons encore cinq minutes et elle nous fera croire qu’elle n’est plus au Front National. 
Et puis, pour finir, le relooking bien marqueté de la candidate, on sort quelques bons slogans comme : « La France apaisée » non, mais sérieusement ? De qui se moque-t-on ? J’ai l’impression d’entendre Volkswagen qui nous vend de l’écologie alors que leurs voitures sont cinq fois plus polluantes que la norme. Apaisée ? En divisant les français ? En dénonçant leurs différences ? La diversité est une chance, une force, un espoir. Pas un fléau. 
« C’est la faute aux étrangers » scandent les dirigeants du FN. Comme c’est facile de rejeter la faute sur les « autres » : pour ma part, je voudrais remercier, les maghrébins, les espagnols, les portugais, les sénégalais et tous ces étrangers qui ont défendu notre pays puis construit nos routes, nos ponts, nos hôpitaux…
Merci à tous ces amis étrangers qui ont libéré et embelli notre pays.
Merci aussi à tous les pays qui accueillent nos deux millions et demi de français vivant à l’étranger et qui jamais ne les montrent du doigt. 
Mais ne nous y trompons pas, tous ces slogans faciles n’ont pour but que d’attirer nos votes, car la seule chose qui intéresse la famille LE PEN et sa petite bande d’extrémistes, c’est "le blé, la fraîche, les thunes, le flouze, le grisbi,’’ comme on disait chez Audiard. 
C’est mon métier de fabriquer des rêves et de les proposer aux gens, mais personne n’est dupe : on raconte des histoires, pour rire ou pour pleurer, et même si on y met de la vérité, du sérieux et de l’amour, on ne prétend jamais que c’est la vraie vie.
Je crois savoir ce qu’est un scénario, je pense pouvoir juger un acteur. 
Le film que nous propose Madame LE PEN est juste mauvais. Le scénario ne tient pas la route et son actrice principale (ainsi que les rôles secondaires) jouent faux. 
Quand Madame LE PEN est sur un marché, son regard cherche la caméra, puis prend le bon angle et délivre un sourire médiatique. 
Le pire c’est son regard, il est ailleurs. Elle n’en a rien à cirer du problème du boucher ou du paysan. Elle ne l’écoute pas. C’est une actrice qui joue seule, sans son partenaire. L’art de l’actrice, c’est de couler sa vérité dans une situation imaginaire. Madame LE PEN joue à l’envers : elle est dans une vraie situation et ne délivre aucune vérité. Son regard est vide d’amour, de compassion, d’émotion. Elle joue mal, tout simplement.
Le spectateur ne l’intéresse pas, il n’y a que son nom en haut de l’affiche qui la motive.
Voilà l’arnaque que je me devais de dénoncer.
Il n’y a pas de verité dans sa démarche, juste l’envie de faire les poches à un mourant.
Nous sommes tous meurtris par les trois millions de chômeurs et les neuf millions de pauvres qui vivent en France.
J’ai mal pour nos paysans, nos artisans, nos ouvriers.
Ce sont nos compatriotes, nos frères et nos sœurs.
Madame LE PEN ne les sauvera pas, bien au contraire. Son programme ne fera qu’augmenter ces chiffres et notre détresse.
Les seuls qui pourraient vraiment faire quelque chose, c’est nous, car nous sommes le peuple français, digne et solidaire, et que c’est notre devoir de citoyen. Nous l’avons inscrit dans notre constitution. 
« Fraternité » n’est pas un slogan mais une composante de notre ADN.
Occupons-nous de notre pays, ouvrons-nous, dépassons-nous et montrons aux charlatans qu’ils n’ont pas leurs places parmi nous.
Montrons au reste du monde ce que cela veut vraiment dire d’être français : un peuple ouvert, courageux et fraternel, qui n’a pas besoin d’une idéologie à deux balles pour s’en sortir.
Nous sommes un grand peuple et nous grandirons davantage en nous donnant la main.
Le monde nous regarde. L’histoire nous attend.
Aux urnes, citoyens.

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Published by sud-chu-caen
30 avril 2017 7 30 /04 /avril /2017 17:33

Manifestation du 1er mai à 10h30 place St Pierre à Caen. Toutes et tous dans la rue pour un logement digne et pérenne, et des papiers pour toutes et tous.

A l'appel de l'intersyndicale CGT, FO, FSU, Solidaires, UNEF, UNL, manifestons pour un 1er Mai unitaire, antilibéral et antifasciste !!! RDV à 10h30 place St Pierre à Caen !

Manifestation du 1er mai à CAEN
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Published by sud-chu-caen
29 avril 2017 6 29 /04 /avril /2017 09:50

Le 1er Mai 2017:
Dénonçons le piège de l'extrême droite et le mensonge des libéraux !
Si nous voulons nous faire entendre, seule la rue sera notre écho.
Les réformes antisociales, la répression contre les militant-es, et la montée du fascisme ne passerons pas !
Manifestation le 1er Mai, place St Pierre à 10h30 à Caen.

1er mai 2017; Organisons la riposte !
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Published by sud-chu-caen
25 avril 2017 2 25 /04 /avril /2017 08:40

A Annezin, dans le Pas-de-Calais, Marine Le Pen est arrivée en tête du premier tour de l’élection présidentielle qui s’est tenu ce dimanche. Le résultat du scrutin déplaît au maire Daniel Delomez qui a laissé entendre, sur les réseaux sociaux et dans la presse, qu’il était déçu du vote de ses administrés et qu’il allait démissionner ne voulant pas « consacrer sa vie à des co…… ».

Il y a en a pour qui la présence du Front national au second tour de l’élection présidentielle passe mal et qui n’hésitent pas à exprimer leur déception et leur indignation avec perte et fracas. Constatant que beaucoup de ses administrés avaient voté pour Marine Le Pen, Daniel Delomez, maire divers gauche d’Annezin (Pas-de-Calais), a ainsi indiqué qu’il allait démissionner.

 

L’édile un brin colère a déclaré à l’issue du dépouillement de ce dimanche à L’avenir de l’Artois« C’est catastrophique ! Il est possible que je démissionne car je ne veux pas consacrer ma vie à des co… » Une déclaration qui est devenue virale, sitôt relayée sur Twitter par le quotidien local.

« Je ne reviendrai pas sur cette parole »

Fureur passée, Daniel Delomez a précisé le contexte de cette déclaration choc au site 20 Minutes : « C’était au moment de proclamer les résultats du vote, en mairie. Il y avait quelques personnes qui étaient devant moi, dont je savais qu’elles avaient voté. C’est à elles que je voulais m’adresser. J’étais sous le coup de la surprise, et de la colère. »

« Je regrette l’insulte, ce vocabulaire n’est pas le vocabulaire que j’utilise d’ordinaire », a ajouté l’élu qui a confirmé qu’il maintenait sa décision de démissionner. « Je ne reviendrai pas sur cette parole », a précisé l’homme de 70 ans qui a confié qu’il allait ainsi « mieux dormir ».

 Marine Le Pen a obtenu 38,09 % des voix. Loin devant Jean-Luc Mélenchon (19,25 %) et Emmanuel Macron (17,29 %).

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12 avril 2017 3 12 /04 /avril /2017 09:00

20 000 postes ont été supprimés dans les hôpitaux français en quinze ans. Sur le terrain, le travail s’intensifie, les soignants ne cessent de courir après des objectifs intenables, et finissent souvent par s’effondrer. Ils ont l’impression de négliger les patients, et perdent le sens de leur travail. Ils craignent de commettre des erreurs et tirent la sonnette d’alarme : la qualité des soins diminue dangereusement et la mortalité des patients s’accroît. Mais cette sévère cure d’austérité devrait se poursuivre : le dernier plan de financement des hôpitaux présenté par l’actuel gouvernement promet 20 000 suppressions supplémentaires. L’avenir de l’hôpital se jouera aussi lors de ces élections présidentielles.

6h50 du matin dans un hôpital en Bretagne. Anne, aide soignante en gériatrie, commence sa journée. C’est le moment des transmissions : l’équipe de nuit informe celle du matin de l’état des quarante patients du service. « On fait ça au pas de course, explique Anne. En un quart d’heure-vingt minutes maximum. Sinon, on prend du retard pour tout le reste. Quand il n’y a pas d’absente, nous ne sommes que sept. » Toilettes, distribution des petits-déjeuners, aide au repas, ménage, vaisselle, changements de lits… les aide-soignantes se hâtent à longueur de journées, interrompant souvent ce qu’elles sont en train de faire pour répondre aux appels des patients, dont beaucoup sont en situation de grande dépendance. « On court tout le temps, poursuit Julie, infirmière en chirurgie dans un centre hospitalier universitaire (CHU). Hier, je suis arrivée à 13h50, je suis repartie à 22h. Je n’ai pas eu le temps de faire pipi, ni de manger. »

Intensification incessante du travail

Selon nombre de soignants, ce travail à flux tendu dure depuis une quinzaine d’années, suite au passage aux 35 heures, mais sans les embauches correspondantes, et suite à l’instauration de la tarification à l’activité, plus couramment appelée « T2A ». « Chaque établissement est désormais financé en fonction de sa production d’actes de soins et de sa rentabilité, détaille la CGT. Il faut produire un nombre d’actes de soins suffisant, et diminuer les coûts. Donc faire plus avec moins. » [1] « Le personnel, c’est 72% de la masse budgétaire. C’est la première variable d’ajustement », précise Thierry Amouroux, secrétaire général du syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI). « Les politiques ne peuvent pas annoncer la fermeture d’un hôpital, ajoute Hélène Derrien, présidente de la coordination nationale de défense des hôpitaux et maternités de proximité. Ils risquent de se retrouver avec des milliers de personnes dans la rue. Donc, ils font ça petit à petit. Ils ferment des lits par ci, des services par là. À la fin, le résultats est catastrophique. Le nombre de maternités a été divisé par trois ces quinze dernières années, et 20 000 postes ont été supprimés. »

« Tout cela se fait dans un contexte global de dénigrement des dépenses publiques, éclaire Philippe Batifoulier, professeur d’économie à l’université Paris 13 et membre du collectif des économistes atterrésLes soignants ont ressenti très fort les effets de l’austérité à partir des années 2000 mais tout cela a été doucement mis en place à partir du début des années 1980. » Avant la T2A, le « budget global » avait déjà imposé aux hôpitaux une enveloppe budgétaire fixée à l’avance. « L’idée de la T2A, c’est de "normer" les coûts et de standardiser les soins. On déclare par exemple qu’une toilette dure sept minutes, en ignorant le malade et la réalité. » Il est en effet impossible de faire une toilette en sept minutes. Anne, aide-soignante, aurait besoin de trois quarts d’heure avec les anciens dont elle a la charge pour faire son travail correctement, en prenant soin de ne pas les brusquer, et en prenant le temps de les écouter. « La T2A a fait entrer le capitalisme à l’hôpital, poursuit Philippe Batifoulier. On valorise les actes techniques et on supprime le reste. Tout ce qui est inestimable économiquement n’a plus de valeur. » [2] [3]

« C’est impossible de faire ce qu’on nous demande »

Pour tracer les actes, tout a été informatisé. Plutôt contents de voir arriver un outil qui devait leur permettre de gagner du temps, les soignants se désolent aujourd’hui de la bureaucratisation grandissante de leurs activités. « Chez nous, le logiciel est vraiment très mal fait, rapporte une infirmière de CHU. Il faut cliquer quinze fois pour avoir une vue d’ensemble du dossier des malades. On perd des infos. Et quand arrive 20 heures, ça rame. C’est une horreur. Certains médecins ne le maîtrisent pas du tout, ils font des erreurs de prescriptions que nous sommes obligées de rattraper derrière. Et ne parlons pas des intérimaires qui sont là pour une journée et qui ne comprennent évidemment rien du tout. » Ce temps administratif rogne encore un peu plus sur celui passé auprès des patients. « "T’es toujours sur ta télé", me disent les anciens dont je m’occupe, rapporte Anne. Et c’est vrai, on y passe un temps fou. » « Les soignants passent plus de temps à prouver ce qu’ils font qu’à faire ce qu’ils ont à faire », résume Olivier Mans, de la fédération nationale Sud santé sociaux.

Face à ces nouvelles injonctions, chacun essaie de s’organiser comme il peut, et tout le monde – ou presque – navigue à vue. « Ils nous disent sans cesse qu’il faut mieux nous organiser, pour pouvoir remplir nos objectifs. Mais personne ne nous dit comment, proteste un infirmier. Et pour cause : en réalité, c’est impossible de faire ce qu’on nous demande. » « Les directions parient sur la pression des objectifs et sur la conscience professionnelle des agents, très élevée dans le domaine du soin, notamment parmi les infirmières », rapporte un expert en santé au travail. « Le problème, c’est qu’avec le durcissement des conditions de travail et l’épuisement chronique des équipes, l’absentéisme augmente, reprend Jean Vignes, secrétaire général de la fédération Sud santé sociaux. Le recours à l’auto-remplacement est très élevé. »

Des millions d’heures travaillées gratuitement

C’est ainsi que des agents travaillant de 6h45 à 14h00 peuvent finalement rester jusqu’à 19h00, et revenir le lendemain à 6h45 ! D’autres sont rappelés pendant leurs jours de repos et pendant leurs vacances. « C’est compliqué de dire non. On sait bien que les collègues vont galérer si on n’est pas là », soupire Anne, aide-soignante. « C’est infernal pour la vie privée et pour la vie de famille », avertit Olivier Mans. « Les agents accumulent les jours de récup’, sans jamais pouvoir les prendre !, complète Yves Morice, représentant Sud santé sociaux au CHU de Rennes. On a ainsi une masse de jours qui se reportent d’une année à l’autre, et qui ne cesse de grossir. C’est une vraie bombe à retardement. »

Fin 2012, les 40 hôpitaux de l’Assistance publique des hôpitaux de Paris (AP-HP) et 240 établissements de Province cumulaient trois millions de jours à récupérer pour leurs agents [4]« Si l’AP-HP payait tout ce qu’elle doit aux infirmières, elle devrait débourser 75 millions d’euros, compte Olivier Mans. Il faudrait qu’elle ferme l’hôpital de la Salpétrière pendant un an. Nous estimons par ailleurs qu’à partir du moment où tout le monde peut être rappelé à n’importe quel moment, c’est une astreinte permanente non reconnue. En cinq ans, cela fait une dette cumulée de 7 milliards d’euros ! »

Malgré tous leurs efforts, « les agents ne peuvent plus adapter leur pratiques pour que les patients ne souffrent pas des conséquences de la pénurie ambiante, dit Olivier Mans. On se retrouve à prioriser, comme si on était en temps de guerre. » À qui ne vais-je pas changer de pansement ce soir ? Comment faire pour passer moins de deux minutes avec cette grand-mère à qui cela ferait tellement de bien de causer dix minutes ? Quel malade vais-je faire sortir aujourd’hui, alors qu’une ou deux journées de repos de plus ne seraient pas du luxe ? Dans ce climat tendu, les moins fortunés, qui disposent de peu de ressources pour négocier leur prise en charge, sont les plus vulnérables.

« Les médecins tiennent le coup, puis s’écroulent carbonisés »

« Il y a un conflit entre le cœur de nos métiers, qui consiste à prendre soin du patient, et l’obligation d’être rentable », décrypte Nicole Smolski, déléguée générale de l’Intersyndicale Avenir Hospitalier. Résultat : les gens craquent. « Nous voyons sans cesse, et de plus en plus, de soignants qui arrivent en pleurs dans nos bureaux. C’est insupportable de voir toute cette souffrance », lâche Yves Morice. « On arrive au bout du surinvestissement du personnel, qui fait que l’hôpital tient encore, ajoute Thierru Amouroux. Depuis juin 2016, on a eu sept suicides chez les infirmiers. »Même constat du côté des médecins. « Les médecins tiennent le coup le plus longtemps possible, puis ils s’écroulent, carbonisés. J’en vois qui sont arrêtés depuis des mois et qui ne peuvent plus parler de leur métier sans se mettre à pleurer. C’est très violent. »

« On nous met en situation de commettre des erreurs », proteste Thierry Amouroux. La peur de se tromper, très prégnante chez le personnel de soins, ne cesse de prendre de l’ampleur. « Resté éveillé douze à dix-neuf heures consécutives ralentit les fonctions cognitives et le temps de réaction selon un niveau équivalent à une alcoolémie de 0.5g », révèle une expertise réalisée à l’AP-HP courant 2015. On sait aussi que les accidents augmentent chez les infirmières à partir de la neuvième heure de travail [5]. Par ailleurs, une étude menée en 2010 sur 30 hôpitaux de 12 pays européens montre qu’une augmentation de la charge de travail par infirmière est liée à une mortalité accrue parmi les patients opérés [6].

L’obligation de courir sans cesse mord sur le temps collectif et sur la cohésion des équipes, qui garantissent aussi la qualité du travail. « Prenons la pause café, ou le temps du déjeuner que personne ne partage plus, ou si peu, illustre Jean Vignes, c’est fondamental. On dit tout, on dit rien, on prend de la distance par rapport aux souffrances que l’on accompagne, on souffle... c’est très important pour travailler correctement. » Ces temps informels sont des lieux d’échange sur les pratiques, de partage des connaissances, et in fine d’amélioration des compétences. « Les anciennes ne peuvent plus prendre le temps de transmettre ce qu’elles savent. Elle constatent, désolées, que les plus jeunes galèrent à comprendre des choses qu’elles auraient pu leur expliquer en quelques jours, si elles avaient eu le temps de le faire... », rapporte un expert en santé au travail.

De nouvelles coupes en prévision

« Nous espérions que que Marisol Touraine reviendrait sur ces réformes, et notamment sur la T2A, rapporte Nicole Smolski. Mais rien n’a changé. Cela risque même de s’aggraver. » Le nouveau plan de finances de la sécurité sociale, voté à main levée le 5 décembre dans un hémicycle aux trois-quarts vide, prévoit de nouvelles coupes dans les budgets des hôpitaux publics. « Avec des dépenses d’assurance maladie portées à 2,1 %, soit le plus faible taux depuis vingt ans, alors que, dans le même temps, l’évolution des dépenses est estimée à 4 %. L’enveloppe budgétaire de l’assurance maladie progresse deux fois moins vite que les besoins de santé ! » s’insurge la CGT. 22 000 suppressions de postes supplémentaires sont annoncées.

« Avec les groupements hospitaliers de territoires, on va passer de 1 100 à 150 établissements de santé, décrit Hélène Derrien. L’hôpital de proximité va disparaître au profit d’énormes pôles. On éloigne encore l’hôpital des usagers. Et plus on les éloigne, plus ils courent de risques. » La population vieillissante est particulièrement vulnérable, notamment en milieu rural. « L’austérité tue », martèle Olivier Mans. Personne ne semble s’inquiéter des 17 000 morts de la grippe que l’on déplore cette année. 17 000 ! Essentiellement parmi les plus de 65 ans.

Autre motif d’inquiétude avec les groupements hospitaliers de territoire (GHT) : le personnel devra être très mobile, et notamment les médecins, pour rayonner vers les divers centres qui seront à la périphérie des établissements pivots. « Nous ne saurons que la veille où on travaille le lendemain, et on va arriver sans connaître les équipes, l’organisation, ni rien du tout », craint Nicole Smolski. « Dans nos métiers, comme dans beaucoup d’autres, bien des choses se font en routine, remarque Jean Vignes. On gagne du temps et de l’efficacité quand ont est coutumier de l’endroit où l’on travaille. Mais nos gouvernants semblent se moquer de nos alertes. » Au moment de la présentation du plan de financement de la sécurité sociale pour 2017, qui comprend le budget des hôpitaux, Marisol Touraine n’a pas hésité à parler de « l’efficacité de l’action conduite depuis 2012 », ajoutant : « le redressement de nos comptes, nous ne l’avons pas fait payer à nos patients, nous ne l’avons pas fait payer aux professionnels de santé. »

Réalité du terrain vs. fiction gestionnaire

« On a une technostructure administrative qui mène des réformes contre vents et marées », reprend Philippe Batifoulier. « Nos dirigeants font comme si cela fonctionnait, ajoute Yves Morice. Mais c’est une mascarade, car tout le monde sait que cela ne marche pas. La preuve, quand on reçoit la visite des experts de la Haute autorité de santé (HAS), chargés d’évaluer "le niveau des prestations et soins délivrés aux patients", on change les habitudes. » Les effectifs sont plus corrects, les médicaments périmés évacués de la pharmacie, tout le monde est habillé en blanc. « Le must, c’est la distribution de badges nominatifs tout neufs que l’on demande d’abîmer volontairement "pour faire moins neuf". »

Pour améliorer leur « efficience », les agents hospitaliers peuvent être conseillés par des experts de l’Agence nationale d’appui à la performance des établissements de santé (anap). « Ils sont en général très fiers de dire qu’ils viennent expertiser un hôpital sans rien y connaître, rapporte Philippe Batifoulier. Cela les rendrait plus "efficaces". Leur référence, c’est le secteur industriel. L’hôpital doit être géré comme une entreprise. S’ils voient par exemple que le bloc opératoire n’est pas utilisé entre 1h et 5h du matin, ils protestent... Ils pressent les gens au risque d’être dangereux. »

« Notre seule satisfaction, ce sont les compliments que nous adressent les patients. C’est vraiment important pour nous », glisse Anne. « C’est vraiment tout ce qu’il leur reste », confirme un expert en santé au travail. « Nous n’avons jamais de retours négatifs sur les soignants, constate Hélène Derrien. Souvent les patients nous disent c’était épouvantable, l’attente, les locaux, etc. Mais les soignants ont été très accueillants et très professionnels. La confiance des citoyens n’est pas rompue. Mais nous savons que les soignants vont au-delà de leurs forces ; et que ce n’est plus tenable. » Personnels de santé et citoyens se retrouveront le 7 avril, dans le cadre d’une mobilisation internationale pour la défense des systèmes de santé et de protection sociale.

Nolwenn Weiler

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Published by sud-chu-caen
7 avril 2017 5 07 /04 /avril /2017 08:39

Le mardi 7 mars, Jean-Luc Mélenchon était à la manifestation "Santé, social et services publics", voici un extrait d'échanges avec des personnels de santé. 

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Published by sud-chu-caen
6 avril 2017 4 06 /04 /avril /2017 08:38

 

A l'hôpital de Cayenne, des murs sont maculés de taches noires. "Les eaux usées des toilettes de l’orthopédie coulent dans les chambres de réanimation", déplore un médecin, alors que le système de santé guyanais, en déconfiture, est vilipendé par la population.

Dans l'entrée du service de "réa", un seau attire le regard. "La fuite existe depuis la construction du service, en 1992", s'attriste le Dr Didier Hommel. Après 25 ans de dysfonctionnements, les murs sont partiellement tachés, par endroit troués. "On ne peut plus nettoyer, car ça suinte continuellement", se lamente-t-il.

 

Dans certains couloirs, la moisissure triomphe. Des petites plantes ressemblant à des fougères sortent désormais de conduits. Des fientes d'oiseaux parsèment certaines coursives à l'air libre. Parfois, les détritus s'amoncellent.

"Les malades sont douchés à l’eau froide à 6h le matin car il n’y a pas d’eau chaude. C’est indigne", tonne le Dr Hakim Amroun. Et le chef du pôle chirurgie de s'interroger: "Je ne sais pas si on accepterait qu’un métropolitain se fasse soigner comme cela..."

Le personnel ne manque pas de dévouement. Mais Linda, une infirmière d'une trentaine d'années, désigne les lits "inadaptés" des patients: "ce sont les mêmes que quand j’étais gamine. Les matelas ne sont pas du tout adaptés. Le risque d’escarres est latent".

Le CHAR (Centre hospitalier Andrée-Rosemon de Cayenne) intègre régulièrement la rubrique des faits divers. En 2016, cinq grands prématurés y sont décédés "des suites d’une infection nosocomiale", selon l’Agence régionale de santé.

Mi-janvier, la mort d'un homme de 39 ans, mordu par un serpent, a provoqué la colère. Aucun sérum anti-venin n'existait contre le reptile incriminé mais les Guyanais se sont sentis abandonnés.

Les carences du système de santé figurent ainsi parmi les principales récriminations de la population, qui mène depuis deux semaines un mouvement social d'une ampleur inédite dans cette collectivité d'Outre-mer, située entre Brésil et Suriname, à 7.000 km de Paris.

"J'irai ailleurs"

Sur les barrages érigés dans Cayenne, l'hôpital est pointé du doigt. "Je n'ai pas pu avoir de péridurale car il y avait une infirmière pour 20 femmes qui accouchaient", se souvient Stéphanie, 32 ans. "Si j'ai un problème, je ferai comme tout le monde. Je prendrai un avion pour aller me faire soigner ailleurs", grogne Jean, la cinquantaine.

"Chaque fois qu’il y a un évènement malheureux, on se fait traiter d’assassins", peste Loïc Epelboin, spécialiste des maladies infectieuses, qui regrette le manque d'investissements chronique.

Alors que 2.000 personnes travaillent au CHAR, que l'établissement rayonne sur un bassin de population de 90.000 habitants et qu'il est, pour certaines spécialités, l’unique structure de santé pour l'ensemble de la population guyanaise, "il perd chaque mois 1,6 million d'euros", constate un médecin.

En cause, l’augmentation de la population, liée à une importante démographie et à une forte croissance migratoire, qui "engendre un déficit croissant de l’hôpital sur ses activités en tarification hospitalière", explique un collectif du personnel.

L'établissement, mis sous tutelle en mars 2016, "n’arrive donc pas à avoir de la trésorerie et a un déficit structurel croissant, ce qui fait que les projets prévus n’avancent pas", poursuit-il.

La nouvelle direction de l'hôpital, contactée par l'AFP, n'a pas souhaité faire de commentaire.

Samedi, la ministre des Outre-mer Ericka Bareigts a annoncé que 85 millions d'euros seraient investis dans le système de santé guyanais dans le cadre d'"actions d'urgence" concernant aussi le système éducatif et les forces de l'ordre. 65 millions seront consacrés au seul hôpital de Cayenne, dont 20 au titre d'une '"aide financière d'urgence" et 40 pour le "moderniser". Quelque 21 millions d'euros avaient déjà été débloqués par Paris en décembre.

"Le problème, c’est qu’on fonctionne à court terme", constate le président de la commission médicale de l’établissement, Christophe Lebreton. Malgré les aides annoncées, "vu l’évolution de la population, on va se retrouver dans la même discussion d’ici 5 à 10 ans".

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6 avril 2017 4 06 /04 /avril /2017 08:36

« Nous, quand on est convoqués, on n’a pas d’immunité ouvrière ». Lors du débat des onze candidats à l'élection présidentielle sur BFMTV et CNews, le candidat du NPA Philippe Poutou s'en est pris à François Fillon et Marine Le Pen à propos de la corruption en politique, déclenchant les applaudissements du public.

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5 avril 2017 3 05 /04 /avril /2017 09:55

25 millions de subventions en moins pour les hôpitaux de l'ex Haute-Normandie, ce serait la conséquence de la fusion des deux agences régionales de santé ... les acteurs locaux réagissent.

 

Depuis le 1er janvier 2016 ...
Les deux agences régionale de santé (de Caen et Rouen) ne font plus q'une, le siège est désormais à Caen. Progressivement, les deux structures s'harmonisent, l'objectif est de proposer pour fin 2017 un Plan Régional de Santé.

Une redistribution contestée
Pour harmoniser les subventions au sein de la grande région, l'Agence Régionale de Santé pourrait en retirer aux hôpitaux de l'ex Haute-Normandie pour les redistribuer à des établissements de l'ex Basse Normandie. Une hypothèse qui inquiète les élus, à leur tête Sébastien Jumel, le maire de Dieppe.

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25 mars 2017 6 25 /03 /mars /2017 07:54
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