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18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 18:19

Paris, le vendredi 17 février 2012 – La dégradation de la situation déjà particulièrement alarmante en Syrie ces derniers jours a remis la très violente répression de la rébellion au premier plan dans les médias et dans les préoccupations de la communauté internationale. Le pilonnage depuis quelques jours de la ville de Homs est le symbole du martyre qui s’abat  sur la population syrienne. Le quotidien suisse la Liberté publie ainsi aujourd’hui le témoignage du docteur Mohamed-al-Mhamed qui évoque l’afflux des blessés et la grande difficulté de les soigner. « Les médicaments manquent cruellement» précise-t-il soulignant que la situation a considérablement empiré au fil des jours. « Au début, les médicaments ont pu entrer à Homs. Les arrivages étaient quasi quotidiens. Depuis quinze jours, rien ne se passe, pas un kilo de farine, ni la moindre seringue » constate-t-il.


Une traque sans merci des soignants


Ce que ce témoignage, concentré sur les évènements locaux ne dit pas c’est que la difficulté de soigner rencontrée par les médecins et les professionnels de santé n’est pas prioritairement liée au manque de matériel, mais à la traque acharnée et violente des praticiens qui décident de prendre en charge les manifestants blessés. La semaine dernière, l’association Médecins sans frontières (MSF) a rendu publics les témoignages de quinze personnes (cinq médecins et dix blessés) recueillis dans les pays frontaliers de la Syrie, dans des conditions qui rendent leur authentification difficile. Néanmoins, la concordance de ces récits semble bien confirmer la violence et les menaces qui pèsent sur les praticiens syriens et sur leurs patients.


Les caves des hôpitaux publics transformées en salles de torture


Tous en effet décrivent un processus semblable : les hôpitaux publics sont aujourd’hui pratiquement intégralement sous la coupe des forces de sécurité. Il y est quasiment impossible de recevoir un opposant blessé : rapidement identifié, il pourrait faire l’objet de représailles dans l’enceinte même des établissements, dont certaines caves et bâtiments annexes ont été aménagés en salle de torture. Aussi, désormais, la très grande majorité des rebelles nécessitant des soins renoncent à se rendre dans les hôpitaux publics au profit de centres de fortune et de cliniques mobiles improvisées au sein même d’habitations privées. Les lieux de ces installations sont gardés secret pour les populations et même pour de nombreux praticiens. « Tous les hôpitaux ont été encerclés par les forces de sécurité » raconte ainsi un patient, déclaration à laquelle fait écho un autre récit : « C’était difficile pour tout le monde de se rendre à l’hôpital. Parce qu’ils ont commencé à enlever les patients dans les hôpitaux » explique-t-il soulagé comme de nombreux autres d’avoir pu être pris en charge dans un hôpital de campagne. Ces patients racontent également le manque de moyens de ces structures. « Ils ont dû utiliser du matériel rudimentaire pour me soigner, comme des pansements et des antibiotiques » évoque l’un des hommes. Les structures clandestines ne sont de fait approvisionnées que par la contrebande. Ces témoignages de patients sont confortés par ceux de praticiens. Ces derniers soulignent notamment la nécessité de contourner les formalités administratives d’enregistrement des patients pour avoir un espoir de pouvoir les soigner au sein des établissements publics. Ils notent en outre que si les médicaments manquent dans les cliniques privées ou les centres de soins sauvages, ils sont disponibles dans les hôpitaux publics. « Mais le problème est que 95 % des blessés ne vont pas dans les hôpitaux publics ».


Une amputation pour toute prise en charge


Ce que disent également ces témoignages c’est que dans certain cas, au sein de ces hôpitaux publics, des praticiens et des infirmières collaborent avec les forces de répression. Acquis au régime, ces professionnels n’hésiteraient pas à participer aux tortures (quand ils ne sont pas directement des membres des services de sécurité). Un patient cité par le quotidien libanais l’Orient le Jour a cette formule terrible « La prison est un paradis en comparaison avec l’hôpital ». De nombreux récits font écho à cette terrible sentence : « Un jour, j’ai soigné un homme en urgence. Le lendemain je l’ai revu en radiologie avec un traumatisme crânien qu’il n’avait pas la veille. C’est comme ça que j’ai découvert qu’il était battu la nuit. Il en est mort deux jours plus tard, alors que ses blessures initiales n’étaient pas mortelles » raconte, cité par le Monde, le docteur Abu Hamzeh qui travaillait à l’hôpital militaire d’Homs avant de quitter l’établissement. S’ils n’agissent pas directement avec violence ou en insultant les malades, ces médecins et ces infirmiers favorables au pouvoir en place choisissent des méthodes de soins rudimentaires. Ainsi, le recours à l’amputation est-il plus fréquemment décidé face à un opposant. « Ils choisissent d’amputer parce que ces patients ne valent pas la peine, selon eux, d’être secourus ou d’avoir leurs membres sauvés » raconte un médecin cité par MSF.


Impuissance de la communauté internationale


Face à cette situation catastrophique, le pouvoir des ONG, interdites de cité en Syrie, est faible. Aux frontières, MSF distribue des « valises chirurgicales » qui peuvent être utilisées dans les hôpitaux de fortune, mais elles sont encore aujourd’hui en nombre très restreint. Les appels se multiplient par ailleurs. Amnesty International demande aujourd’hui que « les ambulances soient autorisées à se rendre auprès des nombreux blessés d’Homs et que les forces de sécurité permettent que du matériel médical (…) soit acheminé dans toutes les zones afin d’atténuer la crise humanitaire ». La semaine dernière, la présidente de Médecins sans frontière, le Dr Marie-Pierre Allié martelait : « Il est essentiel que les autorités syriennes rétablissent la neutralité des espaces de soins », tandis que le directeur général de l’ONG Filipe Ribeiro observait cité par Libération : « le fait que les Etats cherchent à utiliser la médecine dans l’appareil répressif n’est pas nouveau, mais à cette échelle-là, on ne l’avait jamais vu ».


Source et lien : jim.fr

 

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Published by sud-chu-caen - dans Un monde de luttes

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