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24 février 2012 5 24 /02 /février /2012 09:34

Mont-de-Marsan : la clinique est en observation

Le tribunal de commerce est saisi d'une procédure de placement en redressement judiciaire. L'audience se tiendra lundi.

La-clinique-des-landes

 

Les 135 salariés de la Clinique des Landes, à Saint-Pierre-du-Mont, sont sous le choc. (archives P. B. )



Pour les 135 personnels de la clinique des Landes, la nouvelle est « violente ». Mardi, Marc Boucher, président de la holding CIA (Cliniques investissement Aquitaine) qui détient « 95,4 % des actions » de l'établissement, a annoncé qu'il avait déclaré la clinique en état de cessation de paiement. Une mauvaise nouvelle n'arrivant jamais seule, le PDG a également précisé qu'une procédure de redressement judiciaire était en cours devant le tribunal de commerce de Mont-de-Marsan. La juridiction doit se prononcer lundi, lors d'une « audience extraordinaire ».

Pour Marc Boucher, cette issue était « inéluctable » : la clinique, ce serait un peu l'histoire du « tonneau des Danaïdes » qu'il abonderait chaque mois en versant « 150 000 euros » pour assurer les salaires. « En février, je n'ai pas pu, glisse-t-il. Mes actionnaires et moi-même avons injecté 2 millions d'euros en compte-courant et 3 millions en capital, sur six ans. La holding joue son rôle mais à un moment donné, il faut arrêter et prendre des décisions. Sur les quatre derniers mois d'exercice, on accuse déjà 200 000 euros de perte. Ce n'est pas un trou calamiteux, mais à la fin de l'année, ça va faire 800 000 euros et ça ne va pas passer. J'ai tranché, pour que les salaires soient réglés, pour que les fournisseurs soient payés. »



Concrètement, la déclaration de cessation de paiement gèle les dettes, un peu comme une procédure de surendettement pour un particulier. Quant à la procédure de règlement judiciaire, elle aurait pour conséquence la nomination d'un administrateur : « On sera en phase d'observation, reprend Marc Boucher : pendant trois à six mois, il va contrôler ce que l'on fait, vérifier si la société est viable. S'il n'y a aucun moyen de la rendre viable au bout de six mois, ce sera la liquidation. » Mais le PDG espère bien ne pas en arriver là.

« Démobilisation »

Comment la clinique, qui déploie depuis 2008 ses 12 000 m² de bâtiments flambant neufs, à Saint-Pierre-du-Mont, en est-elle arrivée là ? Les explications divergent.

Pour le PDG, c'est moins la « légère baisse d'activité, qui n'est pas significative », que « l'ineptie des décisions de l'Agence régionale de santé », qui « favorise les hôpitaux publics », qui est en cause.

« Depuis sa décision d'installer deux appareils par résonance magnétique à l'hôpital Layné et aucun sur le site de la Clinique des Landes, cette dernière s'est transformée de facto en sous-établissement de soins et de santé dans l'esprit des résidents landais. On traîne ça depuis octobre 2010 avec une certaine démobilisation de la part des médecins qui ne réalisent plus autant d'actes lourds et donc éligibles en soins continus. Nous réalisons aussi des actes à un coût inférieur au prix de la rémunération T2A (tarification à l'activité), les charges de personnel sont disproportionnées par rapport au chiffre d'affaire. »

Marc Boucher a rencontré les représentants de la Dirrecte (Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi), hier pour évoquer le cas des salariés qui pourraient être touchés par les événements à venir : « Il y a toujours un peu de casse dans ces situations-là, explique le PDG. J'ai été bien reçu, mais j'ai quand même eu le sentiment d'être mis en accusation. En gros, je n'avais qu'à mettre des sous et demander à la CFDT ce qu'il convenait de faire. »

« Pris en otage »

Et justement, la CFDT aurait bien aimé être tenue au courant, dans ce dossier : « Les salariés se sentent pris en otage devant le manque d'information et la précipitation des prises de décision du PDG, indique Nicole Lamothe, représentante CFDT. M. Boucher a oublié quelques étapes au passage, comme de nous consulter. Or, c'est la loi. On lui demande juste que soit respecté le droit le plus basique dans ce genre de situation : qu'il nous informe, qu'il présente les comptes, qu'il nous consulte. » Pour la représentante du personnel, la situation actuelle tient à « l'immobilier, l'endettement, les emprunts qui nous plombent, et l'ancienne clinique que M. Boucher n'a jamais pu vendre. Le P.-D. G. nous a amenés là, il nous met au pied du mur. »

Reste « l'inquiétude pour la pérennité des 135 emplois concernés et l'offre de soin sur le secteur. » « L'ensemble des salariés ne peut accepter que cet outil récent et performant parte à la dérive et soit sacrifié pour des intérêts financiers d'une part et exclu du territoire sanitaire local d'autre part. Ils attendent un soutien actif des acteurs institutionnels et politiques afin qu'une solution soit apportée pour sauvegarder l'emploi et l'activité de cet établissement. »

Contactée hier soir, la directrice de l'établissement, Marie-France Maillet, s'en rapporte aux explications du PDG. « C'est assez pénible, compliqué et malheureux, il n'y a pas beaucoup à épiloguer. Il faut espérer que l'on se redresse, avec la volonté de tous, les partenaires sociaux et les médecins. On ne pourra rien espérer des tarifs. Les banques françaises ne sont pas là pour nous supporter, c'est triste pour nous tous. On se dirige vers un système de soins nordique, pour ne pas dire anglais. Il y aura la médecine des pauvres, et celle des riches, prédit-elle. La moitié des hôpitaux seront en cessation de paiement cette année. C'est dramatique pour la santé. »

(1) Il y a cinq autres actionnaires en dehors de la CIA.

Sources : SudOuest & SUD crc 40

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Published by sud-chu-caen

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