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14 juin 2013 5 14 /06 /juin /2013 08:16

Dotations et projet de fusion : les personnels psychiatriques de l’EPSM Lommelet de Saint-André sur les nerfs

 

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Publié le 11/06/2013

Par BRUNO TRIGALET

 

En juin 2012 déjà, la psychiatrie publique régionale était sur les nerfs. Cette année encore, il faudra sans doute à ses personnels une bonne dose d’anti-dép’ pour digérer le gel budgétaire qu’on leur impose. En tout cas, à l’EPSM (Établissement public de santé mentale) de Saint-André, le traitement de choc a du mal à passer.

1. Gel et économies. L’an dernier, l’Agence régionale de santé avait « gelé » 9,5 M € de crédits destinés à la psychiatrique publique régionale ; cette année, ce sont 6,8 M € qui seront pris dans la même banquise budgétaire. Mais à cette somme, il conviendra d’ajouter 5,4M € liés à des « mesures d’économie ». En clair, c’est d’un cran d’environ 12 M € que les professionnels de la psychiatrie régionale devront serrer leur camisole. À l’EPSM (Établissement public de santé mentale) de l’agglomération lilloise, dont le siège est à Saint-André Lommelet, cela donnera un budget qui aura perdu encore 600 000 €, en passant de 91,6 M € en 2012 à 91 M €.

Le syndicat SUD, par la voix de Vladimir Nieddu, secrétaire du Comité technique d’établissement (CTE), s’insurge contre ces coupes claires opérées dans le budget de la psychiatrie publique, mais aussi dans celui de la santé régionale en général (environ 29 M €).

Pour être juste, il faut aussi préciser que les crédits « gelés » peuvent, sous certaines conditions et pour partie, être « dégelés ». C’est ce qui s’est effectivement passé. Pour l’EPSM de Saint-André, ce sont 400 000 € qui ont ainsi été réinjectés fin mai. Décidément, le dégel et le printemps ont été tardifs, cette année ! « Et puis, de toute façon, cela n’apporte rien puisque l’enveloppe globale de la dotation annuelle a été calculée sur le réalisé de l’an dernier » précise M. Nieddu.

2. Suppressions de postes. La direction de l’EPSM Lommelet a donc présenté au comité technique paritaire un projet budgétaire qui fait état de 20 postes (équivalents temps pleins) supprimés, venant en plus des 15 qui ont déjà été rayés des listes l’an dernier. « Cela fait quand même un total de 35 postes en deux ans, s’insurge Vladimir Nieddu. Qui précise :« L’an dernier, toutes les catégories de personnels ont été concernées par les suppressions ; cette année, ce sera une majorité de soignants. »

Si les syndicalistes déplorent les suppressions de postes, c’est au nom de la sauvegarde du service public de santé. « Chez nous, l’essentiel de la dépense, c’est le personnel ; donc, dès qu’il y a restriction, ça se traduit par des suppressions de postes », déplore M. Nieddu.

Effectivement, on comprend aisément que la masse salariale représente, proportionnellement, une part plus importante des dépenses que dans la médecine générale, la chirurgie ou l’obstétrique. Ici, pas d’achat d’IRM, d’acquisition de matériels sophistiqués pour l’imagerie médicale ou le bloc chirurgical. Traiter un schizophrène, venir en aide à un dépressif, prendre en charge un enfant autiste ou accompagner un toxicomane, cela nécessite des médicaments, certes, mais surtout la présence de nombreux personnels soignants. « Dans les services, on assiste à une recrudescence de la violence parce qu’on manque de personnel ; quand on est moins nombreux, on n’arrive plus à faire baisser la tension, explique M. Nieddu. C’est comme ça qu’un infirmier s’est fait casser le nez il y a quelques jours ».

3. Les choix. Les préconisations de la direction, qui doivent être débattues lors d’une prochaine réunion du CTE, prévoient notamment la suppression de dix postes pour l’ensemble des secteurs psychiatriques de Roubaix et de Lille, de trois postes au PATIO (ancien DPR, unité destinée à des patients hospitalisés depuis très longtemps), de dix postes dans l’activité addictologie et deux postes en psychiatrie infanto-juvénile. Quelques commentaires de Vladimir Nieddu à ce propos : « En matière de toxicomanie, nous avons une unité intersectorielle à vocation régionale. » Les choix de la direction relèvent, selon lui, d’une volonté de remettre en cause les services qui ne dépendent pas des secteurs de psychiatrie générale (le territoire français est découpé en « secteurs » ; par exemple, l’EPSM de l’agglomération lilloise s’occupe des territoires de Lille, Roubaix, Villeneuve-d’Ascq et environs). Comme, donc, le service d’addictologie ; comme, aussi, le Pôle d’accueil intersectoriel et d’orientation (PATIO), un service dont seul le nom a été rénové.

Pour faire simple, depuis les années 50, cette unité accueille des patients de longue durée. Des gens souvent âgés qui présentent un trouble mental depuis plusieurs décennies leur interdisant de vivre en autonomie. Ce service, abrité dans des locaux très anciens, offre à ses patients et à ses soignants de conditions de vie et de travail que M. Nieddu qualifie d’indignes.

4. Fusion et nouveaux bâtiments. En septembre, le nouvel hôpital, en cours de construction dans l’enceinte même de l’EPSM Lommelet, devrait être terminé. S’y installeront notamment les quatre unités d’hospitalisation (Lille intra-muros et Villeneuve) et le service d’addictologie (mais pas le PATIO).

Ce sera Joël Noël, directeur de l’hôpital depuis de nombreuses années, qui accompagnera ce déménagement et non Joseph Halos. Il y a quelques semaines, on avait annoncé la nomination de ce dernier, déjà directeur de l’EPSM d’Armentières, en remplacement de M. Noël. Mais il a obtenu une rallonge de quelques mois avant son départ à la retraite.

L’occasion, pour le syndicat SUD, de rappeler son opposition à la nomination de M. Halos, qui préfigurerait, d’après lui, une fusion entre les deux gros hôpitaux psychiatriques du département. « Ce qui nous craignons, avec une fusion, c’est la suppression de postes dans des services qui doublonneraient, mais c’est surtout que ça contribuerait à centraliser encore un peu les soins alors qu’il faudrait au contraire rapprocher les soins psychiatriques du lieu de vie des gens. Par exemple, les gens qui habitent Saint-André, Marquette ou Wambrechies, c’est-à-dire les communes sur lesquelles l’EPSM Lommelet est implanté, dépendent de l’EPSM d’Armentières » précise M. Nieddu. Une histoire de fous, non ?

Les syndicat SUD et CGT appellent à une manifestation nationale le 15 juin.

 

Aujourd’hui EPSM, jadis asile psychiatrique

 

Le site, clos par un immense mur d’enceinte, s’étalait jadis sur 55 ha. Aujourd’hui, il est réduit à 30 ha. L’Établissement public de santé mentale de l’agglomération lilloise (à ne pas confondre avec l’EPSM Lille-Métropole, dont le siège est à Armentières) fonctionne avec 1 304 postes de travail. Sur le site de Lommelet se trouvent la direction générale et plusieurs unités de soins (240 lits d’hospitalisation des secteurs de Lille et Villeneuve), une maison d’accueil spécialisé, 100 lits au PATIO et les secteurs infanto-juvénile du Grand-Lille. L’EPSMAL, ce sont aussi des unités à Roubaix (120 lits), à Wasquehal (clinique pour ados), à Villeneuve (24 lits), un service d’orientation à Lille Saint-Vincent, des CMP (centre médico-pédagogiques), etc.

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Published by sud-chu-caen - dans Hôpital en lutte

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