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9 septembre 2012 7 09 /09 /septembre /2012 09:59

MARBURG — A Marburg, petite ville de l'ouest de l'Allemagne, médecins, infirmiers, et habitants militent pour annuler la privatisation de l'hôpital universitaire, le troisième du pays, un exemple révélateur du mal-être du système de santé.

 

"Des patients sont mal soignés parce que nous n'avons plus assez d'effectifs d'infirmiers (...). Les patients faibles ou âgés sans famille sont délaissés (...). Des collègues craquent en plein service parce qu'elles n'arrivent plus à tout faire. C'est l'horreur".

 

Des témoignages anonymes du personnel du Centre hospitalier universitaire de Marburg-Giessen (UKGM), comme celui-ci publié en juillet dans la presse locale, ne sont pas rares. Surtout depuis que la direction du seul établissement universitaire à avoir été privatisé à ce jour en Allemagne, confrontée à une hausse des coûts, a décidé cette année de supprimer 236 postes, sur un total de 9.700.

"On laisse les hôpitaux pourrir en Allemagne", s'indigne Bettina Böttcher, la directrice du comité d'entreprise du site de Marburg. "On ferme les petits hôpitaux, on industrialise les procédés et après on laisse à la concurrence le soin de trier les survivants".

 

Depuis plus de deux mois, des débats citoyens sur la politique de santé sont organisés chaque lundi soir dans le grand temple protestant de Marburg. Plusieurs centaines de personnes y assistent, une affluence que l'édifice gothique ne connaît habituellement que les jours de fête.

Manifestations et pétitions se succèdent et connaissent une résonance nationale dans un pays qui vit mal les transformations radicales de son système hospitalier depuis une quinzaine d'années.

 

L'Allemagne a vécu la plus grande vague de privatisation d'hôpitaux en Europe. Entre 1995 et 2010 la proportion des hôpitaux privés a doublé pour atteindre 33%, alors que dans le même temps le nombre total des hôpitaux a diminué de 11%, selon l'Office fédéral des statistiques Destatis.

Les régions et les communes ont sabré leurs financements et surtout, le passage depuis 2004 à un système de tarification à l'activité a entraîné une course à la rentabilité, conduisant nombre d'hôpitaux publics à fermer ou à être privatisés.

 

La voie était libre pour l'ascension de groupes de cliniques privées comme Fresenius Helios, Asklepios -qui contrôle les hôpitaux de la ville de Hambourg depuis 2005- ou Rhön Klinikum, le propriétaire de l'UKGM depuis 2006.

 

"Vaches à lait"

 

"Les hôpitaux allemands aujourd'hui sont tous soumis à une gestion économique. Mais alors pourquoi les cliniques privées réalisent des bénéfices et les autres fonctionnent à perte?" s'interroge Bernd Hontschik, un chirurgien de Francfort (ouest), chroniqueur santé dans le quotidien Frankfurter Rundschau.

Les opérateurs privés "évaluent davantage le ratio coûts/revenus de chaque patient à son arrivée. Si la tarification promet un bénéfice, alors on fait des opérations, parfois superflues. Si le patient coûte trop cher, on l'envoie ailleurs", dénonce-t-il.

 

Ulrike Kretschmann, une médecin généraliste de Marburg, qui a fondé en 2009 l'association Notruf 113 ("appel d'urgence") pour dénoncer les abus de l'UKGM, fait le même constat.

 

"Rhön Klinikum veut du travail à la chaîne. Mais cela ne fonctionne pas dans un hôpital universitaire, parce que les cas sont compliqués (...), il ne s'agit pas de +vaches à lait+" s'exclame-t-elle.

 

Depuis 2005, le nombre de patients de l'UKGM a toutefois augmenté de 12,4%, "preuve que tout ne va pas si mal" selon Gunther Weiss, l'un des responsables du CHU.

Et "Rhön Klinikum a investi au total près de 400 millions d'euros pour agrandir et moderniser l'UKGM" une somme colossale que l'Etat régional de Hesse, l'ancien propriétaire, n'était pas prêt à débourser, rappelle-t-il.

 

Mais l'hôpital doit à présent honorer lui-même les coûts associés à ces investissements, une difficulté supplémentaire qui rend les suppressions d'emplois nécessaires, tout comme une renégociation du contrat avec le Land pour obtenir un aide financière, ajoute-il.

 

Paradoxalement, les "anti-privatisation" de Marburg-Giessen n'espèrent désormais qu'une chose: le rachat de Rhön Klinikum par un autre groupe privé encore plus grand, Fresenius. Le contrat avec le Land stipule en effet qu'en cas de changement de propriétaire, la privatisation de l'hôpital doit être réexaminée.

 

Selon la presse, Fresenius, décidé à régner en maître sur les cliniques privées en Allemagne, pourrait prochainement lancer une nouvelle offre sur Rhön Klinikum, après une première tentative ratée fin juin.

 

Mais pour l'instant rien n'indique que le Land de Hesse soit prêt à racheter l'hôpital, qui soigne près d'un demi-million de patients par an.

 

Source : AFP

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Published by sud-chu-caen

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