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17 novembre 2011 4 17 /11 /novembre /2011 19:38

Audit, performance, management, réduction de postes : depuis plus de dix ans, les mots et les méthodes du secteur privé ont fait leur entrée à l’hôpital public. Non sans impact sur le quotidien des médecins et du personnel soignant, qui se disent désorientés. Pour décrire ce " choc culturel ", le Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes-réanimateurs élargi (SNPHAR-E) a pris une initiative originale : demander à des économistes et à des sociologues d’éclairer les raisons et les conséquences de ce bouleversement. Leur ouvrage, L’hôpital en réanimation (éditions du Croquant, 19 euros, 368 p.), auquel des médecins ont aussi contribué, sort jeudi 17 novembre. Il dresse un tableau instructif de ce qu’est devenu l’hôpital.

La tarification à l’activité, dite T2A, lancée à partir de 2004 dans les établissements, a été le ferment de la révolution hospitalière. En changeant les règles de financement des hôpitaux, ce sont les pratiques des médecins eux-mêmes qu’elle a modifiées. Avant, l’hôpital recevait une " dotation financière globale " chaque année, quels que soient ses résultats. Désormais, son financement dépend des actes réalisés, ce qui a conduit à une course à la rentabilité. Effet pervers, cette réforme a pu conduire à réaliser des soins non pertinents mais lucratifs.

En 2009, la loi Hôpital, patients, santé et territoires a parachevé cette évolution, en renforçant le poids des directeurs d’hôpitaux et en créant les agences régionales de santé. Les règles du management s’imposent à l’hôpital sur fond de réductions de postes, de suppressions de services et de rapprochements entre établissements. Cette transformation pose des questions éthiques au personnel soignant. Le syndicat des anesthésistes a fait réaliser en septembre une enquête auprès de 3 000 praticiens hospitaliers, qui révèle un grand manque de lisibilité : 41,5 % des médecins disent ne pas savoir ce qui se passe dans le pôle auquel ils ont été rattachés, 49 % estiment que leur " directeur est coincé entre ses valeurs de service public et les injonctions de rentabilité de sa tutelle ". En ressort un manque de reconnaissance, et surtout une grande désillusion : 43 % jugent qu’aujourd’hui il vaut mieux " éviter d’être médecin ".Aux praticiens, il a aussi été demandé quels mots, demain, qualifieront leur métier. Arrivent en tête " économie-finances " et " dégradation ".

Côté personnel soignant, le moral n’est pas meilleur. Le livre résume les résultats d’une récente enquête de la CDFT-santé auprès de 45 000 agents, qui décrivent des conditions de travail dégradées depuis cinq ans, pointant les rappels sur les jours repos, des changements d’horaires intempestifs, du travail permanent en effectifs réduits. De cette étude ressort aussi une grande désorganisation et un manque de reconnaissance. La souffrance et l’épuisement des personnels commencent à être étudiés dans les établissements, comme au CHU de Nantes, où les équipes ont été soumises à une thérapie de choc (réduction des effectifs, augmentation de l’activité) pour résorber le déficit (Le Monde du 10 octobre). Le travail quotidien des médecins n’est plus ce qu’il était. " Aujourd’hui, nous travaillons à partir d’indicateurs. En chirurgie, les médecins ne disent plus "j’ai fait une belle opération", mais "j’ai obtenu 100 % en terme de remplissage du bloc opératoire" ", s’indigne Nicole Smolski, qui préside le SNPHAR-E. " Le côté humain n’est plus valorisé : on nous demande de l’acte, rentable de surcroît ", ajoute-t-elle. Elle espère cependant un sursaut des pouvoirs publics au sujet de cette " déshumanisation " engendrée par les réformes.

Décrivant un hôpital qui " souffre en silence ", elle veut pour preuve du malaise le fait que pour les élections professionnelles des praticiens hospitaliers qui se dérouleront à partir du 28 novembre, tous les syndicats abordent les mêmes thèmes : les craintes pour l’avenir du service public hospitalier, la perte d’indépendance des médecins et le manque d’attractivité des postes hospitaliers comparés au privé. Chercheurs et médecins pointent certaines dérives. Ainsi, du fait de la tarification à l’activité, dans les services de réanimation, on tend à rechercher les actes qui rapportent le plus, comme la ventilation artificielle. Certaines unités ont poussé cette logique au maximum, préférant, au recrutement d’un médecin, l’embauche d’un " codeur professionnel " des actes, qui rapportera plus au service.

Ils ne sont d’ailleurs pas les seuls à s’interroger sur les effets pervers de ce mode de financement. Le sujet commence à faire débat parmi les politiques. Même l’UMP, présentant les bases de sa réflexion pour la présidentielle lors de sa convention santé début octobre, a estimé nécessaire d’y regarder de plus près.

Autre sujet de débat dans le milieu hospitalier, le partenariat public-privé, signé en 2006, qui a permis la construction de l’hôpital Sud-Francilien dans l’Essonne, et qui vire aujourd’hui au fiasco. L’ouverture de ce mastodonte a été reportée, ce qui est classique pour un hôpital de plus de 1 000 lits, mais, surtout, les termes du bail emphytéotique de trente ans signé avec la société Eiffage, et plus précisément le loyer de près de 40 millions par an, sont désormais remis en question.

Pour l’hôpital public, le temps semble venu d’un bilan de l’application en France du concept de " new public management " (" nouvelle gestion publique ") qui s’inspire des méthodes du privé. Paradoxe, l’arrivée des outils et méthodes du privé n’a finalement pas eu pour conséquence une autonomie de gestion des établissements, mais un contrôle accru de l’Etat par le biais de multiples instruments de mesure des résultats et de la performance et à grand renfort de recours aux cabinets de conseil extérieurs. Ce que décrivent les chercheurs, c’est l’émergence d’une nouvelle bureaucratie, ainsi qu’une " rhétorique de la modernité " et un " bon sens gestionnaire " qui interdisent le débat.

Source : info sécu santé


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Published by sud-chu-caen - dans Un monde de luttes

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