Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
23 juillet 2013 2 23 /07 /juillet /2013 18:59

PHO3f3762ca-efab-11e2-9227-b91c27f07d77-805x453.jpg

 

INFOGRAPHIE - Les récentes déclarations de François Hollande sur la fusion des grands établissements Bichat et Beaujon suscitent l'inquiétude.

 

Ce sont quelques phrases au détour d'un discours prononcé par François Hollande le 10 juillet lors de l'inauguration du pôle mère-enfant à l'hôpital parisien de Necker. Peu relayées par les médias, elles n'ont cependant pas manqué d'enflammer le milieu hospitalier. Et, pour cause, le président venait ni plus ni moins d'annoncer la fermeture de Bichat dans le nord de Paris et de Beaujon à Clichy (92), réunis en un seul site. Sans toutefois préciser où et quand serait construit cet établissement: «Il est (…) indispensable de créer un nouvel hôpital, l'hôpital nord du Grand Paris (…). L'Assistance publique doit initier rapidement les travaux pour ce nouvel hôpital et son environnement universitaire», a ajouté François Hollande. Si le projet était dans les cartons ministériels depuis plusieurs années (un «serpent de mer», selon certains), c'est la première fois que la fusion-déménagement avait été évoquée aussi clairement et qui plus est au plus haut sommet de l'État.

 

S'il y a quatre ans, l'Assistance publique a transformé 42 hôpitaux en 12 groupes hospitaliers, le mouvement s'accélère aujourd'hui. C'est surtout la fusion des services d'urgences qui inquiète le plus les médecins, que ce soit à Paris ou dans le reste de la France, en Picardie, dans le Nord, à Lyon ou encore Marseille. En mars, a été annoncée la fermeture des urgences de Wattrelos, près de Roubaix (Nord) durant la nuit et le week-end dès cet automne, puis la fermeture complète en 2014. À la direction de l'Assistance publique, on assure qu'il n'y a pas de plan établi et que les rapprochements se font «au fil de l'eau». Au ministère de la Santé, on affirme qu'il n'y a pas de «doctrine financière nationale» dans la fusion des plateaux d'urgences mais que cette dernière est nécessaire afin «que les équipes ne se fassent pas concurrence entre hôpitaux», et dans un objectif de rationalisation.

«Usines à gaz»

 

Loïc Pen, urgentiste à Creil et Senlis (Oise), ne partage pas cette analyse: «Aujourd'hui, on est bien dans une logique de concentration des services d'urgences et des plateaux techniques.» Une logique à laquelle n'adhère pas non plus le Dr Patrick Pelloux, président de l'Association des médecins urgentistes de France (Amuf): «On veut faire des usines à gaz. Car plus les structures sont grosses, plus il est difficile de les faire fonctionner: c'est compliqué en termes d'accueil, de gestion des flux de malades qui arrivent aux urgences, s'insurge-t-il. Il faut redécouvrir la proximité. Il est faux de croire que regrouper plusieurs services d'urgences fera baisser leur fréquentation!» Un haut cadre de l'Assistance publique confie, en off: «Par définition, on ne peut pas réguler les urgences! Le problème de fond est plutôt l'affectation des moyens et l'absence de politique de médecine de ville. Il faut plus de trois mois pour obtenir un rendez-vous chez un ophtalmologiste à Paris et plus de six mois en province. Comme la médecine de ville est débordée, les patients se dirigent vers les urgences, qui saturent.»

 

Pour le Dr Gérald Kierzek, ancien chef du Smur de l'Hôtel-Dieu avant d'être rétrogradé médecin de base, l'objectif premier de la médecine d'urgence «consiste à aller trouver d'abord le patient en réel danger de mort. C'est comme chercher une aiguille dans une botte de foin. Or plus la botte est grosse, plus on a de mal à trouver l'aiguille.»

 

Les critiques concernant les regroupements de services ne viennent pas seulement des praticiens. En 2012, l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) rendait au chef de l'État un rapport très critique sur la fusion des hôpitaux et des services d'urgences. Elle relevait que ces quinze dernières années, ce sont ainsi 9% des établissements publics de santé qui ont fusionné entre eux. «Dans la réalité, si le lien entre taille de l'hôpital et qualité des soins existe bel et bien, les études montrent que celui-ci n'est pas automatique: il est spécifique à chaque acte, varie dans le temps et cesse de s'observer au-dessus d'un certain volume, au demeurant difficile à déterminer.» À propos des coûts, les inspecteurs ajoutaient: «Sur le plan financier, la fusion n'est en général pas l'outil le plus pertinent pour réduire les déficits hospitaliers, qui supposent surtout, pour les établissements concernés, un effort de réorganisation interne pour réduire leurs dépenses. (…) L'expérience enseigne en outre que les processus de fusion sont en eux-mêmes sources de surcoûts ou de dysfonctionnements.» Et l'Igas de conclure: «En raison des difficultés qu'elle soulève et des risques qu'elle présente, la fusion doit demeurer une opération rare(...).»

 

Un urgentiste soupire: «Quand un train déraille comme l'autre jour à Brétigny, les pouvoirs publics nous félicitent pour le travail fourni. Et quand on explique que les services urgences sont nécessaires et qu'il y a un problème, ils ne nous écoutent pas.»

Partager cet article

Repost 0
Published by sud-chu-caen

Présentation

  • : Le blog de sud-chu-caen
  • Le blog de sud-chu-caen
  • : Site du syndicat SUD Santé du CHU de CAEN
  • Contact

Recherche