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17 février 2015 2 17 /02 /février /2015 08:45

Lyon, le mercredi 11 février 2015 – Le centre hospitalier Le Vinatier, spécialisé en psychiatrie, situé à Bron (à proximité de Lyon) a été le 28 janvier le théâtre d’une agression qui aurait pu être dramatique : un jeune homme de 17 ans, hospitalisé au sein de l’unité pour adolescents Hubert Flavingy a agressé au couteau un infirmier. Après quelques jours d’hospitalisation, ce dernier a pu rentrer chez lui, sans aucune séquelle de l’accident, mais avec des répercussions psychologiques certaines. Ce drame inaugurait une série noire pour l’établissement qui découvrait le 30 janvier et le 1er février le suicide dans leur chambre de deux patients, l’un détenu de l’unité d’hospitalisation spécialement aménagée (UHSA) et l’autre hospitalisé au sein de l’Unité de soins intensifs en psychiatrie (USIP).

 

Pas seulement la faute à pas de chance

La multiplication de ces faits majeurs a conduit les syndicats de l’établissement à se mobiliser. Ainsi, depuis lundi, les personnels de l’établissement observent une grève «administrative ». A l’appel de la CGT, de FO et de l’UNSA, il leur est recommandé de se cantonner aux tâches concernant les soins. Par ailleurs, demain, la CGT et FO invitent les personnels à observer une journée de grève et à défiler devant le siège de l’Agence régionale de la Santé et la préfecture du Rhône. Pour les syndicats, ces mouvements tendent à rappeler que les drames survenus ne peuvent être totalement mis sur le compte de la fatalité et de l’impossibilité de prévenir certains passages à l’acte chez les patients atteints de troubles psychiatriques. Ils affirment qu’ils sont la conséquence d’une diminution constante des effectifs et du nombre de lits. Ils invoquent également l’interruption du « dispositif d’appel d’urgence », mis en place en 2005 et récemment suspendu. Les syndicats maintiennent que son activation aurait peut-être pu permettre d’éviter le décès de la patiente qui s’est donnée la mort au sein de l’USIP. « Non ce n’est pas la faute à pas de chance, c’est la faute à la politique d’austérité qui touche notre hôpital, qui touche tous les hôpitaux. Si le risque zéro n’existe jamais, nous sommes convaincus et nous militons pour que le renforcement des équipes permette de limiter fortement ces tragédies » martèle ainsi la CGT dans un communiqué diffusé en début de semaine.

 

Utopique d’espérer des moyens supplémentaires

La direction de l’établissement ne partage pas le diagnostic établi par les organisations syndicales. Le directeur Hubert Meunier a longuement évoqué les différents évènements de ces derniers jours auprès de l’APM et a affirmé que dans tous les cas, qu’il s’agisse de l’agression de l’infirmier ou du suicide des deux patients, la thèse d’une insuffisance de moyens ou d’une négligence des personnels peut être sans difficulté écartée. Il a par ailleurs tenu à rappeler que Le Vinatier enregistrait chaque année trois à six décès de patients par suicide. Concernant la réouverture de 40 lits, fortement réclamée par les syndicats, il a affirmé qu’elle ne semblait pas répondre aux enjeux en présence. « Il vaut mieux avoir moins de lits mais qui soient plus actifs » a-t-il expliqué, défendant la politique de restructuration suivie ces dernières années. Enfin, à propos de l’augmentation en personnels, il a jugé « utopique de penser qu’il serait possible d’obtenir des moyens nouveaux » dans le contexte actuel de réduction budgétaire national.

 

Manque d’effectifs et défaut de formation sont la règle générale

Pourtant, au-delà de certaines circonstances particulières, l’exemple du Vinatier pourrait être emblématique des difficultés chroniques que connaît la psychiatrie qui sont évoquées de longue date. Dans un communiqué publié le 6 février, la section psychiatrique de la Coordination nationale infirmière (CNI) confirme l’existence de ce malaise et met notamment l’accent sur le manque d’effectifs et sur les défauts de formation des nouveaux soignants. « De nombreux professionnels expriment se cantonner trop souvent à du simple « gardiennage » assorti d’une batterie de neuroleptiques. Ils témoignent d’un travail en effectif minimum fréquent et les obligations de remplacement aggravent la situation. Les professionnels exerçant en unités de psychiatrie déclarent de plus en plus avoir le sentiment d’être des pions que l’on déplace sur des grilles sans se soucier réellement du bien être du patient » écrit l’organisation qui estime que ce malaise concerne tous les soignants. « Le manque d’effectif et la pression qu’il peut y avoir sur les médecins font que les malades se trouvant en unités fermées ne peuvent pas toujours bénéficier de soins adaptés » rapporte le syndicat. Ce dernier relève enfin que « les nouveaux soignants (…) sont de moins en moins préparés à la prise en charge des patients atteints de troubles psychiatriques ». Une dénonciation qui devrait une énième fois relancer le débat sur l’opportunité de créer une nouvelle spécialisation infirmière en psychiatrie.

 

A H

 

sudsantesociaux.org

 

 

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Published by sud-chu-caen

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