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10 août 2017 4 10 /08 /août /2017 09:35

Personnel et pensionnaires de la maison de retraite de Paimbœuf sont en souffrance. D’une seule voix, ils dénoncent leurs conditions de travail et de vie dans l’établissement. Leurs témoignages laissent entrevoir une fin de vie faite d’ennui et de solitude.

La dernière douche de Juliette Abellard date d’il y a trois semaines. Le dernier shampooing aussi. Pour le bain - son pêché mignon - il faut remonter au mois de mai. Depuis qu’une maladie atrophie ses muscles, cette imposante femme, ancienne gardienne de camping, est dépendante des aides-soignantes pour se laver, se coucher, se lever.

 

La semaine dernière, Juliette a fait grève aux côtés d’une partie des soixante agents de la maison de retraite de Paimbœuf (Loire-Atlantique). Les uns dénonçant leurs conditions de vie, les autres leurs conditions de travail.

Un ennui terrible

«En gros, nous disposons de quinze minutes pour la toilette de chaque personne, commente une aide-soignante. C’est la chaîne. On n’a pas le temps de discuter et pourtant, elles sont très en demande. S’il y avait plus d’échanges, il y aurait moins d’antidépresseurs et de somnifères.»

Le matin, elles sont cinq pour s’occuper des cinquante-huit résidents. Elles servent le petit-déjeuner, font la toilette et les lèvent avant le déjeuner. «On ne me lève jamais à la même heure: 9h, 11h30… Tout dépend de la tournée du jour», dit Jeanine Pichavent, 84 ans. Après une vie à élever ses cinq enfants, elle a été admise à Paimbœuf il y a trois ans.


Un jour, on lui a servi son potage dans un gobelet en plastique. «Toute une vie pour en arriver là», souffle-t-elle de sa voix fluette. Elle décrit un quotidien fait d’attente et d’ennui. «Le soir, je suis couchée à 19h30. Je ne vois pas très bien, alors la TV, je ne la regarde pas trop. Je reste là à attendre. Attendre le sommeil.?»

La direction a pourtant recruté cet été, afin de permettre aux agents de prendre leurs congés. «Et nous allons faire appel à trois personnes en service civique pour renforcer l’animation», ajoute Thierry Fillaut, le directeur.

«On estime qu’un résident dort huit heures, a quatre heures trente de soin et, au mieux, deux heures d’animations, indique Guillaume Gandon, animateur permanent. Le reste? C’est un ennui que nous-mêmes, on ne supporterait pas.»


«Il suffit de les voir, à 11h, faire la queue pour attendre le repas du midi, complète Danielle, la fille d’une résidente. Personne ne se parle, ni ne sourit. Ma mère me répète qu’elle serait mieux au cimetière. Elle ne sort plus de sa chambre.»

La maman de Danielle, comme les autres résidents, débourse environ 2000€ par mois.

«J’ai honte»

Sandrine, une aide-soignante se souvient de cette scène, il y a quelques semaines. Un résident, qui n’a qu’une sœur comme famille proche, a invité l’équipe de jour à trinquer pour son anniversaire. Sa sœur avait préparé une tarte. Ils s’étaient installés dans l’une des salles communes. «Mais personne n’est venu, faute de temps, souffle la soignante. Avant, le dimanche, on prenait l’apéro avec les résidents. Aujourd’hui c’est fini. On n’a même plus le temps de leur tenir la main quand ils sont en fin de vie…»

Fin juillet, la CGT a lancé un appel à la grève. «C’est très dur de rentrer chez soi avec le sentiment du travail mal fait, glisse une aide-soignante, dans l’établissement depuis trente-quatre années. Il y a des résidentes qui travaillaient là. Elles m’ont formée. Et maintenant j’ai honte de la manière dont on les traite. Dans quelques années, c’est moi qui serai résidente ici. Et je n’ose pas imaginer dans quelles conditions.»

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