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29 septembre 2016 4 29 /09 /septembre /2016 09:00

Nous allons vers une médecine à double vitesse : une pour les riches et une pour les pauvres.

Je suis en médecine. Vous allez peut-être vous dire oulala les privilégiés pourquoi un témoignage, je vous laisse lire la suite.

Je passe sur les 4 années à mi temps à l’hôpital payés : rien en 3ème année, 100€/mois en 4ème, 150€ en 5ème et 225€ en 6ème. Nous sommes là pour apprendre bien que certains services ne tournent pas sans nous. Vous constaterez que nous sommes quand même les stagiaires les moins bien payés de France, ce qui directement sélectionne les personnes pouvant faire médecine : pas les plus motivés, ni les plus humains mais les plus privilégiés.

Je passe aussi sur le sexisme à l’hôpital omniprésent et complètement libéré : se faire traiter de salope parce qu’on est arrivée en retard, entendre ouvertement que c’est un service qui n’embauchera pas de médecin femme : c’est chiant elles font des gosses… Je pourrais écrire des pages là dessus.

Je passe aussi sur le poids de la hiérarchie toute puissante à l’hôpital qui permet absolument tout à des médecins chefs inhumains.

Je passe sur le fait que les étudiants en médecine apprennent souvent que toute personne n’étant pas médecin est une merde.

Je passe sur l’omniprésence des laboratoires pharmaceutiques dans certains services, avec tous les conflits d’intérêts que ça comporte.

Je passe sur les réels problèmes organisationnels à l’hôpital où l’optimisation, la réduction de la main d’œuvre et la réduction des couts sont appliqués ici comme ailleurs au dépends des patients. Sauf qu’ici c’est un lieu où nous sommes censés vous soigner et que maintenant nous devons faire de la rentabilité. La T2A : tarification à l’activité, une catastrophe pour la qualité des soins.

Dans la ville où je suis, j’ai appris qu’ils allaient fermer des services de réanimation à l’hôpital public faute de moyens. La demande reste élevée. C’est donc l’hôpital privé d’à côté qui en ouvre un. La réanimation ne devrait pas être ailleurs que dans le public.

Nous allons vers une médecine à double vitesse : une pour les riches et une pour les pauvres, ça me désole.

Pour fuir un petit peu tout cela mais surtout parce que c’est ce pourquoi j’ai fait médecine, je serais médecin généraliste. Ici aussi, surprise, la rentabilité s’est invitée.

Les médecins généralistes ont une ROSP : Rémunération sur Objectifs de Santé Publique, qui est censée contrebalancer la non revalorisation du prix de la consultation depuis plusieurs années. Ça pourrait être bien sauf qu’un certain nombre « d’objectifs de santé publique » ne sont pas des objectifs de santé publique mais de rentabilité teintés de conflits d’intérêt avec l’industrie pharmaceutique : avoir un certain taux de vaccination parmi sa patientèle, un certain nombre de femmes dépistées du cancer du sein… Certains sont clairement scientifiquement contestables.

Le médecin est donc tenté de se dire qu’il lui manque un certain nombre de vaccinés, de dépistés ou autre pour l’objectif fixé par la ROSP. Il propose non plus en fonction des besoins des patients, mais d’un objectif à obtenir.

C’est comme ça que devenez des chiffres, des pourcentages à soigner.
Le pire c’est que vous payez aussi pour ça, vous vous en rendez moins compte que lorsque vous faites le chèque directement au médecin, mais c’est bien vous qui payez quand même.

Dernière mauvaise nouvelle : ils discutent d’y ajouter les arrêts de travail à cette ROSP : vous avez une angine c’est maximum 3 jours d’arrêt de travail, une grippe : 5 jours pas plus. Les variabilités, les difficultés individuelles, peu importe, vous devenez des chiffres, des objectifs.
La réalité en médecine générale c’est « j’ai une angine ET mon chef me fait faire des heures supplémentaires, je suis épuisé », nous vous arrêtons 7 jours et non 3, pour essayer de contre balancer. C’est déjà de moins en moins possible, mais là ça va devenir impossible.

J’ai le sentiment que la loi travail avec tout ça, vous serez cernés de tous les côtés, nous serons impuissants à voir votre santé se dégrader.

Les intérêts des puissants, de l’industrie pharmaceutique sont apparemment bien supérieurs à nos vies, notre santé…

Voilà, je dresse un tableau noir mais je ne suis pas très optimiste. Je serais médecin généraliste dans très peu d’années, je suis probablement privilégiée parce que assurée d’un boulot mais j’ai peur de la médecine que je vais devoir exercer. J’ai peur pour vous parce que définitivement on vaut mieux que ça.

Source: onvautmieux.fr

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