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22 septembre 2016 4 22 /09 /septembre /2016 08:53
Notre mépris pour Marisol Touraine n'a d'égal que son silence honteux..

Notre mépris pour Marisol Touraine n'a d'égal que son silence honteux sur les suicides et violences dont sont victimes les infirmières

Paris, le samedi 10 septembre 2016 - Plusieurs suicides ont endeuillé la communauté infirmière ces dernières semaines. Il aura fallu l’intervention de multiples représentants du monde infirmier et l’insistance de journalistes pour qu’enfin le ministre de la Santé sorte de son silence sur le sujet. Insuffisant pour une partie des infirmières dont la colère trouve son fondement dans une dégradation constante de leurs conditions de travail et le sentiment d’un abandon complet de la part des pouvoirs publics. Un abandon qui se doublerait d’une perte de confiance entière dans les organisations censées les représenter. Des « infirmières en colère » ont décrit pour nous, sans nuance et sans fards, avec parfois une impulsivité qui leur appartient (et dont témoigne leur titre), leurs souffrances et leur détermination. Sans prendre parti, nous publions ici leur tribune libre. La rédaction.

Par un collectif d’infirmières

Madame Touraine a toujours raison, même quand elle a tort. Le petit personnel de la Santé, infirmier de préférence, doit travailler en silence, en souffrance, dans la plus grande indifférence pour le seul profit de la finance. Alors que le roi Hollande dépense six salaires infirmiers débutants par mois pour ses seules frisettes, les infirmières et toutes les blouses blanches sont bafouées, ignorées, méprisées depuis des lustres aussi bien par la droite de Sarkozy que par la droite de Hollande, car nous n'avons pas vu de différence entre la conduite des affaires ministérielles de Roselyne Bachelot, de Xavier Bertrand ou de Marisol Touraine. Nous sommes sur employées mais sous payées, à la fois infirmière, aide soignante, agent hospitalier, brancardière, assistante sociale, secrétaire, etc ... mais avec une seule paye à la fin du mois : et, nous les sans dents, payons nos séances chez le coiffeur et de notre poche !

Le chômage, un symptôme inédit

Parallèlement, depuis plus de dix ans, toujours plus de collègues infirmières se retrouvent au chômage alors que la filière avait toujours été sous tension, déficitaire en personnels. Pénurie savamment entretenue par les politiciens, à la fois en supprimant des postes (Révision générale des politiques publiques, RGPP), en déclassant des postes, en regroupant des postes (GHT) avec comme seul curseur le retour à l'équilibre financier dans le seul but de réduire le déficit de l'assurance maladie. Au détriment de l'Humain. Quand dans le même temps, le nombre des inscrits dans les IFSI reste constant, IFSI devenus des fabriques à chômeurs (mais non inscrits à Pôle Emploi). Futurs diplômés formés à grands frais par la France mais que s'arrachent, entre autres, la Suisse, le Luxembourg qui trouvent des infirmières prêtes à l'emploi et généreusement payées à l'étranger.

Même la pénibilité de l'exercice infirmier nous a été retirée dans le secteur public en décembre 2010 lorsque Roselyne Bachelot a décrété que les infirmières avaient une profession sédentaire (sic !) nécessitant de les basculer en catégorie A avec la carotte de la licence universitaire (une simple équivalence) en échange de cinq années supplémentaires de coups de bâtons portant le départ à la retraite de 57 à ... 62 ans. Décision criminelle quand on sait que les professionnelles de la santé ayant exercé en catégorie active meurent (en moyenne) 8 années plus tôt que les femmes en France (soit de 85 à 77 ans, ce qui laisse 15 années d'espérance de vie à une infirmière ou une aide soignante qui prend sa retraite à 62 ans tout en étant déjà éprouvée moralement et physiquement !). Pénibilité toujours absente dans le secteur public mais réintroduite dans le secteur privé avec toutes les difficultés que l'on sait. Une infirmière étant éligible à au moins 4 des 10 critères retenus dans la grille de comptage des points donnant droit à une reconnaissance de la pénibilité ... Avec pour conséquence au moins trois statuts différents actuellement dans la Fonction Publique Hospitalière pour des infirmières ayant les mêmes fonctions, les mêmes horaires, les mêmes contraintes ... et les injustices qui vont avec.

Ainsi, progressivement, la qualité et la sécurité des soins se dégrade alors que le reste à payer et les cotisations des mutuelles continuent sans cesse d'augmenter y compris pour les personnels soignants qui n'ont même plus, comme d'autres facilités pour d'autres professions (SNCF, EDF ...), cet avantage de se faire soigner gratuitement. Nombreuses sont les infirmières qui rentrent à la maison avec le sentiment du dégoût des conditions de travail déplorables et de la mission non accomplie correctement. Et gare à celle qui ose se rebeller, elle est immédiatement remise dans le droit chemin par une hiérarchie épuisée qui ne supporte plus la moindre discussion, la moindre remarque. Une hiérarchie qui passe son temps à coller des rustines sur un bateau qui coule lentement mais sûrement.

Un désastre sanitaire

Après le désastre sécuritaire et la suppression des forces de police et de renseignements sous Sarkozy, se profile-t-on vers un désastre sanitaire sous la présidence Hollande, déjà sous-jacent lors de la grippe de 2015 durant laquelle le niveau d’épuisement des soignants avait atteint des records ? Une épidémie de grande ampleur mettrait assurément à mal le sentiment d'excellence du système de soins à la française (ayant comme pour la SNCF privilégié le TGV au détriment du réseau secondaire) et mettrait en évidence (mais encore une fois trop tard) la suppression des lits, le maillage territorial et le regroupement excessif des compétences médicales. Nos collègues de ville, en exercice libéral ne sont pas mieux loties car isolées, non défendues par des syndicalistes qui ne prennent même pas la peine de renégocier en 2012 une convention nationale qui date de 2007 et qui prendra fin en ... 2017. Idem pour le protocole d'accord qui liait la FNEHAD aux IDEL, dénoncé unilatéralement en octobre 2015 dans la plus grande confidentialité. Le directeur de la FNEHAD vient d'ailleurs d'être remercié (pour service rendu) par Marisol Touraine en étant nommé secrétaire général adjoint des ministères Santé et Affaires Sociales, la semaine passée.

Un abandon généralisé

Quid d'un Ordre infirmier dont le président est désormais retraité ? Ordre qui ne représente que lui même : plus de 80 % des infirmières en activité (400 000 sur plus de 600 000) continuent d'exercer illégalement depuis bientôt 10 ans, refusant "de payer pour travailler" et de se soumettre à un organisme qui met en avant son seul pouvoir de police, qui convoque les infirmières au tribunal et qui se fait régulièrement refouler devant les tribunaux en appel comme récemment à Mulhouse dans l'affaire dite des "faux infirmiers". Marisol Touraine et ses amis de tous bords nous ont honteusement trahies sur ce sujet après avoir pourtant publiquement dénoncé cet ordre à plusieurs reprises pour le réintégrer dans le cadre de la Loi Santé en décembre 2015, après que les députés socialistes nous en aient débarrassé en avril 2015. Le vote félon ayant été acté par 18 députés (souvent médecins) dont 9 ... de droite, les autres parlementaires avaient "autre chose à faire" en ne prenant ainsi pas part au vote et fuyant leurs responsabilités.

Quid du secrétaire général du SNPI, président de l'ordre infirmier parisien, vice président du CIF (une coquille vide) omniprésent dans les médias et qui, syndicaliste cumulard et détaché du service actif depuis plus de 15 ans, ne sait plus ce que sait que la pénibilité de se lever à 4 heures du matin pour prendre le RER de 5 heures afin d'être au boulot à 6 heures. Ne sait plus ce qu'est un patient, tout simplement.

Quid de la défense des infirmières par les centrales syndicales généralistes qui font surtout de la politique et qui savent où nous (re)trouver tous les 4 ans à l'occasion des élections professionnelles ou à Noël pour distribuer des stylos et des calendriers ?

Ajoutons à cette triste constatation déjà désespérante et largement partagée depuis 2009, la mise en place d'une nouvelle formation initiale infirmière dévalorisante (pour les plus anciennes) totalement déconnectée de la réalité du terrain, produisant toujours plus de jeunes diplômées incapables pour beaucoup de prendre en charge les patients car ayant reçu un apprentissage toujours plus aléatoire et pauvre.

Les patients, seuls saluts

Seule notre fierté de venir en aide et les remerciements de la population permettent aux infirmières de continuer à soigner dignement mais de plus en plus difficilement. Nous répondons toujours présentes jusqu'à ce que la ficelle casse et que nous finissions au bout d'une corde.

De Marisol Touraine, des politiciens qui omettent la santé dans leurs programmes et leurs professions de foi, nous n'attendons plus rien. Jamais ou presque ils ne répondent à nos appels se contentant de courriels laconiques évoquant une prise en compte de notre demande.

Nous avons lancé depuis le 1er septembre 2016, une grève du zèle infirmier qui va monter en charge progressivement et qui consiste en "un appel qui ne pénalise pas les patients puisqu'il s'agit "simplement" de (bien) faire ce pourquoi on est payé et d’arrêter de faire tout (mal) et n'importe quoi".

Après avoir été trompées et trahies par la gauche de Hollande, nous lui ferons payer cet affront en 2017. Nos bulletins de vote seront la sanction du peuple infirmier. Nous ferons connaître en temps et en heure notre préférence en espérant que les collègues sauront se souvenir des misères qui leurs ont été faites et de celles à venir. La profession infirmière est en grand danger, elle disparaît insidieusement.

Source:JIM.fr

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