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31 août 2016 3 31 /08 /août /2016 08:31

Marisol, encore combien de suicides d'infirmiers pour que tu daignes t'exprimer ?

Cet été, cinq infirmières et infirmiers se sont donnés la mort en France, mettant en cause au premier plan la dégradation de leurs conditions de travail. Charline est infirmière, elle s'inquiète du silence de Marisol Touraine à ce sujet, alors qu'elle est ministre de la Santé.

Bonjour Marisol, comment vas-tu ?

 

Oui, tu remarqueras que je te tutoie et que je m’inquiète de ton état. Un peu comme je le fais avec mes patients, ceux que j’apprécie bien. Mais ce n’est pas vraiment la sympathie qui me fait te dire "tu", c’est plutôt l’émotion qui me ferait oublier le protocole, tu vois.

 

Je me dis qu’en te tutoyant et en te demandant comment tu vas, tu t’intéresseras enfin à moi, enfin à nous, les infirmiers. Je t’imagine déjà lever les yeux vers les moulures du plafond blanc de ton bureau en te disant surement : "Mais qu’est-ce qu’ils ont encore ? Pourquoi vont-ils râler cette fois ?"

 

Pour trois fois rien, je te rassure… Enfin juste pour deux trois morts, cinq pour être précis.

 

5 morts dans un silence assourdissant

 

Je viens de passer sur ton compte Twitter et tu sembles toute peinée du décès de Sonia Rykiel. C’est vrai que c’était une chouette nana, qui a sacrément œuvré pour la mode en France et j’aurais vraiment adoré qu’elle fasse quelque chose pour nos blouses blanches mal taillées et pour ce code barre ingrat qu’ils persistent à nous coller sur le haut de nos pantalons à l’élastique trop serré. Mais Madame Rykiel avait d’autres préoccupations dans son milieu de la mode, un peu comme toi, dans ton ministère.

 

13 juin, 24 juin, 5 juillet, 23 juillet, 13 août.

 

Ce ne sont pas les dates de sortie de Pokemon Go, celle de la détérioration des baies vitrées de l’hôpital Necker ou encore celle de l’arrivée sur nos plages du Burkini qui avaient réveillé chez toi un réel intérêt, non. À ces dates, cinq infirmiers se sont "simplement" donné la mort, trois fois rien.

 

Je dis "simplement" parce que ça ne t’a vraisemblablement pas touchée, enfin pas au point d’en faire un tweet, en tout cas. Ils se sont suicidés parce que leurs conditions de travail étaient telles qu’il leur était devenu inenvisageable de continuer de soigner, et de vivre. Et ils en sont mort, cinq fois cet été. Cinq morts, Marisol. Ils ne s’appelaient pas Sonia, on ne connait d’ailleurs pas leur prénom, c’était simplement des soignants, des blouses blanches mal taillées.

 

Pourquoi ne rien dire, ne rien montrer ?

 

Alors je sais ce que se disent certaines personnes (c’est peut-être ce que tu te dis toi aussi finalement) :

 

"S’ils ne supportaient pas leurs conditions de travail : ils n’avaient qu’à démissionner ! S’ils semblaient si fragiles : ils auraient dû faire un autre métier !"

 

Je l’ai entendu, je te promets, je l’ai entendu. Mais au-delà de la tristesse d’entendre ces paroles dénouées de logique et bourrées de jugement, ce qui m’accable le plus Marisol, c’est ton silence. C’est de ne rien entendre de toi, notre ministre de la Santé.

 

Pas un mot, ou deux, ou trois, pour exprimer une peine qui ferait écho à la nôtre... Combien faudra-t-il de morts Marisol ? Combien d'infirmiers vont se suicider avant que tu trouves opportun de t'exprimer enfin ?

 

"Ce n'est pas la République pour laquelle je suis allée voter"

 

Alors oui, Sonia Rykiel est morte et j’en suis navrée, crois moi… Mais pourquoi son décès mériterait quelques caractères sur Twitter alors que tu persistes à conserver le silence face à la mort de tes soignants ? J’ai finis par me dire qu’il faudrait mieux être une baie vitrée qu’une infirmière, un Pokemon plutôt qu’un soignant ou que je ferais mieux de me balader en burkini sur une plage pour réussir à attirer ton attention.

 

Je ne reviendrais pas sur les sujets qui fâchent et qui m’ont souvent fais grincer des dents à ton égard. Sur le développement des HAD qui me fait dire que tu cherches à enterrer les infirmières libérales toujours un peu plus profondément dans le trou de la Sécu’. Je ne te reparlerai pas du tiers payant généralisé et de ta loi santé dont tu es si fière et que tu sembles brandir comme une pancarte au-dessus de ta tête, pour mieux nous en mettre un bon coup derrière la couenne, non. Je veux simplement te parler d’humains en souffrance. Te parler d’humaine à humaine.

 

Parce que lorsque je lis dans ton dernier article sur le fameux burkini que "ce n’est pas la République pour laquelle [tu te] bats.", parce que lorsque je t’écoute ne rien dire à tes blouses blanches en deuil, parce que quand j’entends ton silence et ton manque d’empathie et de considération pour tes soignants, je me dis que "ce n’est pas la République pour laquelle je suis allée voter."

 

J’ai de la peine, vraiment, j’ai de la peine que tu n’en ais pas.

 

Suicides infirmiers… deux nouvelles victimes à Reims

Nous l'apprenions hier, lundi 29 août 2016, de nos confrères de France Bleu Champagne-Ardennes deux infirmières de santé au travail sur les cinq que compte le service médical Interprofessionnel de la Région de Reims (SMIRR) se sont suicidées à moins de 3 semaines d'intervalle cet été. Les conditions de travail seraient, une fois encore, pointées du doigt, alors que la profession infirmière est durement touchée par une vague de suicides depuis le mois de juin. Pas moins de trois soignants s'étant déjà suicidés. Glaçant.Le 13 juin à Toulouse un infirmier se suicide sur son lieu de travail. Le 24 juin, c'est une infirmière de nuit du Groupe hospitalier du Havre qui met fin à ses jours. Le 30 juin, un cadre de santé, tout juste diplômé, commettait également cet acte irréparable. Il voulait continuer à exercer en Ehpad, alors qu'on lui proposait un service à très fortes difficultés, celui des soins de suite longue durée.

 

Le 23 juillet l'une des cinq infirmières du service médical Interprofessionnel de la Région de Reims (SMIRR) âgée de 51 ans, se donne la mort chez elle. Le 13 août une deuxième infirmière de ce service , 46 ans et mère de deux enfants, est retrouvée morte à son domicile… Ces deux nouveaux suicides viennent à nouveau questionner - dénoncer - des conditions de travail de plus en plus dégradées, des cadences et organisations en rupture avec les valeurs soignantes, des managements « sauvages »… Les tutelles restent sourdes à ces tragiques disparitions, la communauté infirmière s'en émeut et s'insurge alors que dans le même temps un rapport de l'Observatoire national des violences en milieu de santé (ONVS) publié le 5 août 2016 pointe ce chiffre tout aussi alarmant que révoltant : 5 703 infirmiers ont été victimes de violences en 2014, soit 15 par jour… et l'on ne parle même pas du secteur libéral qui est loin d'être exempt en la matière !

Les conditions de travail en cause ?

Jointe par téléphone ce matin, Josseline Jacques, membre suppléante du Conseil Interdépartemental de l'Ordre des Infirmiers Ardennes-Marne, souligne que peu de données existent sur cette problématique du suicide. Nous ne savons pas si ces suicides sont dus aux conditions de travail, indique-t-elle, mais il est indéniable que nous faisons face à des charges de travail de plus en plus importantes et à un manque d'effectifs certain. Tout le monde subit une pression énorme. Et de déplorer que « désormais, peu de place est malheureusement accordée au relationnel, le coeur même de la profession infirmière.

 

Un indéniable malaise…

Ces deux dernières disparitions, à Reims, laisse entrevoir un malaise certain dans la structure de médecine du travail dans laquelle exerçait les deux infirmières. Selon le témoignage de l'une des salariées du SMIRR recueilli par France Bleu Champagne-Ardennes , ça m'a troublé, ça m'a ému, j'étais en colère… c'est deux suicides en très peu de temps de deux femmes qui avaient la tête sur les épaules, qui étaient compétentes, et surtout l'une pour qui il y avait peut être des signes et on en a pas tenu compte. En effet, l'infirmière de santé travail âgée de 46 ans qui s'est donné la mort le 13 août dernier était revenue depuis peu de temps d'un arrêt de travail de plusieurs mois, après avoir dénoncé le harcèlement moral et sexuel dont elle était victime de la part de son supérieur hiérarchique (écarté de son poste après cette dénonciation). L'infirmière avait néanmoins repris le travail dans une ambiance difficile…

Le chiffre 5, cinq infirmiers suicidés en l'espace de trois mois fera t-il enfin réagir Marisol Touraine ?

Anticiper la souffrance au travail

Bien sûr la prudence reste de mise en terme de causalité car ces deux suicides n'ont pas eu lieu dans le service mais une salariée, toujours sous couvert d'anonymat, estime qu'il y a un malaise au sein de la structure et qu'une enquête est nécessaire, pas tellement pour chercher un coupable mais pour chercher à éviter que ça ne recommence, c'est ça notre objectif... c'est ce qu'on fait tout le temps dans nos entreprises... De son côté, une cellule d'accompagnement psychologique a bien été mise en place par la direction du SMIRR dès l'annonce du premier suicide et toujours selon France Bleu un comité d'hygiène de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) extraordinaire a eu lieu le 29 août. Il aurait entériné les mesures déjà prises : mise en place d'une cellule d'accompagnement psychologique et la création de groupes d'écoute.

Un autre témoignage recueilli par le site d'information du NPA renforce ce besoin d'anticipation de la souffrance au travail. Nous avons choisi de parler, dit une autre collègue des disparues, parce que nous n’avons pas su empêcher ces passages à l’acte. Le problème n’a pas été pris en compte par la hiérarchie alors que notre mission c’est justement d’agir et d’assister les personnes dans de telles situations.

Ces deux nouveaux suicides dont nous attendrons les déveleppements d'enquête nous rappelle une fois encore avec violence combien la qualité de vie aux travail des soignants est importante. L'un d'entre eux en témoignait récemment suite aux premiers suicides de ses collègues en juin dernier. Comment voulez-vous faire de la "qualité du soin "quand on privilégie la quantité, dans des conditions de travail de pire en pire... où l'écoute et la reconnaissance des soignants est inexistante ? Le chiffre 5, cinq infirmiers suicidés en l'espace de trois mois fera t-il enfin réagir Marisol Touraine ? Rien n'est moins sûr.

Sources: infirmiers.com - leplus.nouvelobs.com

 

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