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16 décembre 2015 3 16 /12 /décembre /2015 14:24
Le douloureux coût humain de l'austérité pour certains malades en Espagne

"Soit on mange, soit je prends mes pilules", confie, honteux, un patient à son cardiologue, après avoir renoncé à son traitement. Le prix de l'austérité, que certains vivent dans leur chair en Espagne, est devenu un enjeu des législatives de dimanche.

"Alors l'homme s'est mis à pleurer. Des larmes silencieuses", a témoigné Maximiliano Diego, médecin de Salamanca (nord-ouest) en décrivant cet homme marié, victime d'une deuxième et grave crise cardiaque provoquée par l'absence de traitement.

"Il pleurait de peur à l'approche de la mort (...) Mais surtout il pleurait de honte, d'avoir menti à son médecin car il n'osait pas admettre qu'il n'avait pas d'argent pour payer le traitement qu'il lui avait prescrit", a encore écrit le cardiologue sur le site de l'Association de défense de la santé publique de Salamanque.

Cet homme est l'un des nombreux exemples des conséquences humaines de la crise financière en Espagne et des mesures d'austérité qu'elle a déclenchées dans ce pays, doté d'un des meilleurs systèmes de santé au monde en 2000 selon l'OMS.

"Nous avons constaté une hausse des délais de prise en charge, la détérioration de l'attention, un personnel médical décimé, se plaignant d'épuisement et de burn outs", déclare Helena Legido-Quigley, membre de l'école de Santé publique Saw Swee Hock de Singapour, qui a étudié en profondeur le système de santé espagnol.

"Les mesures d'austérité ont particulièrement touché les plus vulnérables, qui ont perdu l'accès aux soins et ont commencé à ne plus pouvoir prendre des traitements essentiels, faute de moyens, en raison d'un système de co-paiement de plus en plus étendu", explique-t-elle.

Selon des données officielles, les dépenses de santé sont passées de 70 milliards d'euros en 2009 à quelque 53 milliards en 2014, avec les licenciements, fermetures de services et la fin de la médecine entièrement gratuite pour les retraités.

En 2012, les immigrés illégaux ont en outre été exclus du système - sauf pour les soins urgents. Selon Helena Legido-Quigley, près de 500.000 personnes ont été touchées par cette décision.

Pourtant, "ces gens achètent des produits et payent donc indirectement des taxes, ils contribuent donc à la viabilité du système", dénonce Sagrario Martin, directrice en Espagne de l'ONG Médecins du monde (MDM).

- 'Les malades des couloirs' -

MDM découvre des cas comme celui de l'Uruguayenne Rosa Milca Sosa Quijano, 72 ans, qui vit en Espagne avec sa fille depuis 13 ans. Elle a subi une intervention cardiaque urgente, mais n'a pas droit aux traitements qui en découlent.

"Je suis seule", dit-elle en sanglotant. "Je suis invisible pour le reste de la société".

Au final, assurent les experts, le coût pour le système n'est pas moins élevé.

Manuel Espinel, médecin urgentiste d'un hôpital public madrilène, voit défiler ce genre de patients, comme cet homme, atteint de tuberculose, ayant dû rester dix jours en soins intensifs faute d'avoir été pris en charge à temps. "Cela multiplie les coûts par 20 ou 30", estime-t-il.

"Certains patients ont dû séjourner aux urgences pendant deux ou trois jours car d'autres étages avaient fermé, faute de personnel", témoigne le docteur Espinel.

On les surnomme "les malades des couloirs", raconte le médecin, dont le salaire a été réduit de 20% et les horaires allongés.

Le volet le plus inquiètant, selon la chercheuse Helena Legido-Quigley, concerne le co-paiement des médicaments ayant contraint les retraités sans assurance médicale privée à devoir financer une partie de leurs traitements. Selon elle, certains médecins en arrivent à négocier avec leurs patients la nature des médicaments prescrits, sachant qu'ils ne peuvent pas tout assumer.

Autant de coupes claires ayant entraîné de multiples grèves et des "marées blanches" de personnel médical et de patients manifestant dans les rues de Madrid.

Mais pour le gouvernement, aucune autre solution n'était possible en raison de l'ampleur des déficits de l'Espagne.

A l'approche des élections, le ministère de la Santé a cependant annoncé la mise en place d'un nouveau programme pour couvrir les immigrés sans papiers. Le PP au pouvoir a promis aussi de veiller à la bonne prise en charge des retraités. Le Parti socialiste et Podemos, les deux principales formations de gauche, se sont engagés à rétablir la couverture santé universelle.

Source: information.tv5monde.com

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