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25 mars 2015 3 25 /03 /mars /2015 13:26

Martin Hirsch, directeur général l’Assistance publique -

INTERVIEW - Le directeur général de l’Assistance publique - Hôpitaux de Paris propose aux syndicats de réviser le protocole de 2002 sur le temps de travail. L’objectif est d’économiser 20 à 25 millions par an via une meilleure organisation et d’éviter des suppressions de postes.

Les hôpitaux doivent économiser 3 milliards en trois ans. Qu’est-ce que cela implique pour l’AP-HP, qui pèse 10% des budgets hospitaliers ?

Rien de plus que les objectifs que nous avons inscrits, l’an dernier, dans notre plan de financement pluriannuel approuvé par nos tutelles. Ce plan intégrait ces économies et a d’ailleurs été soumis aux médecins et aux syndicats. Après avoir réalisé un effort de 125 millions d’euros en 2014, nous avons programmé cette année 150 millions de gains d’efficience en conjuguant des développements ciblés d’activité répondant aux besoins de santé et une maîtrise des charges, qui représente environ 40% de l’effort. Il en faudra d’autres, importants, les années suivantes qui sont inscrits dans notre trajectoire depuis l’année dernière. Nous visons un retour à l’équilibre en 2016, après avoir ramené notre déficit à moins de 50 millions en 2014. Toutes les transformations que nous engageons visent à améliorer le service rendu au patient, à maintenir un haut niveau d’investissements, à lutter plus activement contre les difficultés d’accès aux soins. Il ne s’agit pas de faire des économies pour nous recroqueviller mais pour adapter notre offre à des parcours mieux articulés avec nos partenaires.

La masse salariale pèse 60% dans votre budget. Les syndicats craignent d’importantes suppressions de postes…

Si on ne changeait rien à notre organisation, à notre manière de travailler, alors oui, il faudrait supprimer plusieurs milliers d’emplois pour tenir nos engagements budgétaires. Mais le chantier que nous menons vise justement à préserver les emplois « au lit du malade ». Mieux, l’objectif est d’améliorer des conditions de travail aujourd’hui insatisfaisantes. Nos organisations ne sont souvent plus adaptées à nos activités. Quand un patient arrive le matin et repart le soir pour une chirurgie ambulatoire, il faudrait que l’équipe ait des plages horaires qui correspondent au temps de prise en charge, plutôt que de voir se relayer deux équipes. Nous avons aussi un problème de «concordance des temps», quand le chirurgien, l’anesthésiste, le brancardier, l’infirmier s’attendent les uns les autres. Ce temps mal coordonné coûte cher. Je souhaite entraîner l’AP-HP « à la reconquête du temps perdu ».

Faut-il revenir sur les 35 heures à l’hôpital ?

Nous ne demandons pas de modifier la réglementation, mais nous reprenons l’accord AP-HP de 2002 sur la réduction du temps de travail, qui n’est plus adapté aux enjeux d’aujourd’hui. La majorité des personnels travaillent aujourd’hui 7h36 ou 7h50 par jour, dépassant 35 heures hebdomadaires. Les minutes accumulées font des milliers de jours à rattraper, en récupérations, en RTT. Mais la rigidité de nos organisations fait que souvent, les RTT sont annulées au dernier moment pour faire face au manque d’effectifs, des mensualités de remplacements sont alors dépensées en catastrophe et au final, personne n’est content ! D’où aussi un absentéisme élevé, de l’usure...

On peut changer cela. On peut adapter l’organisation du travail, avec un plus grand nombre de personnes travaillant 7h30 ou 7 heures par jour, d’autres peut-être 10 heures si cela permet de mieux « coller » au cycle de soins pour le patient, de mieux utiliser des blocs opératoires. A l’arrivée, il y aura certes moins de jours à récupérer, mais plus de prévisibilité, et l’on pourra répondre à des demandes non satisfaites, en matière de formation professionnelle notamment. Et on soignera mieux les patients !

Cela permettrait-il vraiment de faire des économies ?

Nous estimons pouvoir escompter au moins 20 à 25 millions d’euros chaque année. Et contrairement à ce que j’entends beaucoup dire, il ne s’agit pas de diminuer la masse salariale, ce qui serait absurde au vu de la hausse continue de nos activités, mais de ralentir sa progression, entre 1% et 2% par an, contre +2,23% en 2014. Sachant qu’une grande partie de la hausse est liée à des contraintes «externes », comme la hausse sur deux ans des cotisations retraite.

Faut-il un accord des partenaires sociaux pour appliquer la réforme ?

Juridiquement non, mais toute mon action est tournée vers la recherche d’accord parce que je suis convaincu que ces changements peuvent être générateurs de progrès social. Et parce que j’ai un profond respect pour les représentants des personnels avec lesquels je travaille étroitement depuis mon arrivée.

Les syndicats vous reprochent d’aller trop vite…

2015 est une année charnière où nous engageons de front des chantiers importants, pas seulement dans le champ social, mais tous indispensables. Si nous nous contentions d’appliquer les plans de maîtrise des dépenses votés chaque année au Parlement sans faire ces réformes de fond, cela nous conduirait à renoncer à des milliers d’emplois. Il ne faut pas perdre de temps, sinon l’AP-HP se fera imposer les choses. Je veux que nous restions maîtres de notre destin. Après, si le dialogue social est constructif, nous saurons aussi nous mettre d’accord sur des calendriers.

Quels efforts seront demandés aux médecins ?

Les changements sur le temps de travail vont de pair avec les réorganisations d’activité pour lesquels les médecins se disent prêts à être moteurs. Nous sommes en train de mesurer les performances de chaque service, par spécialité, en matière de soins et de recherche, au regard des moyens médicaux impartis. C’est nécessaire. Si l’AP-HP veut avoir la force du premier CHU d’Europe, et pas la faiblesse d’une collection de mini-CHU, il faudra que les services s’alignent sur les plus performants ou se regroupent. C’est ce que nous avons déjà décidé avec l’ophtalmologie qui sera regroupée dans un grand centre disposant enfin des équipements les plus modernes.

Quels sont les autres chantiers sociaux ?

Nous réformons nos crèches qui comptent 4000 berceaux et auxquelles nous tenons : un plan de rénovation sur cinq ans est engagé. Les tarifs très peu élevés vont être progressivement alignés sur ceux des caisses d’allocations familiales, en neutralisant les effets de cette hausse qui sera progressive, sur quatre ans, pour les plus modestes. Cela nous permettra, en contractualisant avec la CAF, d’obtenir 15 millions d’euros de subventions de fonctionnement par an et des aides à la mise aux normes. Par ailleurs, nous espérons, dans les prochains jours, trouver un accord sur la « dé-précarisation », en proposant à des centaines de personnes qui multiplient les CDD cours de basculer en CDI ou, lorsqu’ils remplissent les conditions, de rejoindre le statut de la fonction publique.

Que pensez-vous du projet de faire passer à 72 ans l’âge limite des médecins pour exercer à l’hôpital ?

Cette mesure a été souhaitée pour aider les hôpitaux qui ont des difficultés de recrutement, ce qui n’est pas particulièrement le cas de l’AP-HP.

Où en êtes-vous de l’intéressement aux résultats pour les établissements et services qui font des efforts ?

Il a été introduit l’année dernière dans les services d’urgence, pour récompenser les services qui s’améliorent. Ces délais ont d’ailleurs été stabilisés en 2014 alors que l’activité a bondi de 5%. Maintenant nous visons d’ici à 2019 une diminution de moitié du temps de prise en charge. Nous réfléchissons à une extension de ce système d’intéressement pour favoriser le développement de la chirurgie ambulatoire, le recours à l’hospitalisation à domicile... Priorités de la stratégie nationale de santé élaborées par Marisol Touraine, ministre de la Santé.

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