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17 mars 2015 2 17 /03 /mars /2015 15:45

Hausse du taux d’occupation des lits, achats groupés, moins de photocopies… Pour tenir un budget toujours plus serré, l’hôpital accumule petites et grosses économies, parfois pesantes pour les soignants.

Au Centre hospitalier régional universitaire de Lille (CHRU), l’année 2015 a commencé avec une bonne et une mauvaise nouvelles. La bonne : on embauche et on investit pour 11,5 millions d’euros. La mauvaise : cette année, il faudra trouver de quoi financer au total 33,5 millions de dépenses en plus, et 1 million de dotations en moins. Le serrage de ceinture s’ajoute à ceux des années précédentes. Pour faire face, l’hôpital lillois cherche à faire entrer de l’argent et à en économiser, partout. Avec plus de 15 000 salariés, dont plus d’un quart de médecins et étudiants en médecine, un budget de plus d’un milliard d’euros presque à l’équilibre, le CHRU de Lille, seul hôpital universitaire d’une région de 4 millions d’habitants, est une grosse machine.

Codage. Où trouver l’argent ? On va chercher jusqu’au plus petit détail. Quelques exemples trouvés dans le «rapport d’orientation de l’état des prévisions de recettes et de dépenses 2015» concernant l’hôpital lillois, que Libération a pu consulter. Ainsi, le document recommande aux médecins un codage plus fin des actes qui pourrait rapporter 1 million d’euros, et aux chefs de service de développer de nouvelles activités, rentables, censées engranger 4,5 millions cette année. Il parle de faire passer le temps d’ouverture des blocs opératoires de dix à douze heures. Et d’augmenter le nombre de chambres particulières. Entre 2008 et 2014, grâce aux chambres individuelles, l’hôpital est passé de 800 000 euros de recettes à 6,7 millions. Elles devraient encore rapporter 800 000 euros de plus cette année. «Le problème, c’est qu’on facture des chambres individuelles à des gens qui ne l’ont pas demandé», grince Frédéric Herrewyn, délégué CGT. Autre détail : les imprimantes et les photocopieurs. Le rapport envisage de «contractualiser» avec les services sur «la maîtrise du nombre de pages imprimées» avec un suivi «au quotidien». Le document n’a pas prévu l’écran de contrôle dans le bureau du directeur général… Il table sur un gain de plus de 200 000 euros. Même économie si on «réinternalise» une partie de la maintenance informatique.

L’hôpital dit avoir économisé 400 000 euros avec un taux d’absentéisme en baisse de 10 à 9% en rognant, entre autres, sur les primes des agents les plus absents et en surprimant les autres. Frédéric Herrewyn relativise : «Ce n’est pas cette carotte-là qui va faire avancer le schmilblick, mais le bien-être au travail.» Afin de faire baisser les prix, l’hôpital passe par un groupement d’achats. «Ils ont embauché quelqu’un de chez Auchan pour nous apprendre à acheter. Soit. Mais on avait déjà des bons prix», indique Christian Erb, anesthésiste et délégué régional du Syndicat national des praticiens hospitaliers en anesthésie réanimation. «Ça ne marche pas à tous les coups. Les nouveaux masques, chaussons et charlottes sont de moins bonne qualité et ont déclenché des réactions allergiques chez certains.» Bilan : 3,4 millions d’euros d’économies sur les achats en 2014.

«Zéro nuit».L’activité des urgences a, elle, crû de 11%, «à moyens constants», selon la CGT. Et, depuis des années, on fait tout pour faire tourner plus vite les malades. Les séjours dits de «zéro nuit» sont passés de 49% du total des hospitalisations en 2009 à 54% en 2013, indique le site du CHRU. Dans la même période, le taux d’occupation (le nombre de lits occupés par rapport aux lits disponibles) a augmenté de 86,8% à 90,1%. «On n’a presque plus de marge de manœuvre. A la moindre épidémie, ça devient très dur,dit Frédéric Herrewyn. Désormais, comme les chambres, les couloirs sont numérotés pour pouvoir retrouver les patients [qu’on y a placés en attente, ndlr].» L’objectif est d’aller plus loin. Les taux d’occupation de référence pour 2015 : 90% pour la chirurgie, 92% pour la médecine et «de 100 à 200%»pour les services ambulatoires, en mettant en théorie un malade dans un lit à 8 heures et un autre dans le même lit à 14 heures pour les petites pathologies.

«Ça a un impact sur le personnel, met en garde Christian Erb. C’est deux fois plus de chambres à nettoyer, deux fois plus de dossiers. Pour une économie relative. Quand on fait revenir le patient le lendemain pour lui enlever une mèche et qu’il demande l’ambulance, ce n’est pas une économie.» Marge attendue pour l’hôpital, tout de même : 19 millions. L’anesthésiste n’est pas contre une vraie réflexion : «En France, on est un des systèmes de soins les plus dépensiers, et on n’a pas les meilleures statistiques. Tout le monde fait des gains de productivité, il n’y a pas de raison qu’on n’en fasse pas.»

Concernant ces économies, le CHRU de Lille n’a pas souhaité répondre à Libération. Il a renvoyé vers l’agence régionale de santé, qui renvoie sur… le ministère de la Santé.

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Published by sud-chu-caen

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